chapitre 8 : LA FORET NATIONALE DE GRESIGNE DANS LA TOURMENTE RÉVOLUTIONNAIRE

La Révolution crée une brève unité grésignole territoriale avec le canton de Puicelcy-la-Montagne

Confirmant en cela la tradition immémoriale qui rattachait dans sa totalité la Grésigne à la communauté de Puicelcy dont les paroisses de Larroque et de Saint-Martin d’Urbens faisaient alors partie, les Lois révolutionnaires publiées le 14 décembre 1789 par l’Assemblée constituante, portant constitution des municipalités, des cantons et des départements, confirmèrent l’appartenance territoriale de la forêt à la commune de Puicelcy. 

Dans la foulée de la nouvelle organisation départementale supprimant les diocèses et  les provinces administratives de l’Ancien Régime, parmi les 48 cantons que comptait le Département du Tarn créé le 5 février 1790, Puicelcy devint le chef-lieu d’un premier canton strictement grésignol en regroupant initialement les communes de Penne, Vaour et Sainte-Cécile du Cayrou. Canton à l’unité éphémère, il est vrai, puisque le canton de Vaour sera créé neuf mois plus tard le 26 novembre 1790, reprenant  Penne et s’adjoignant Itzac et Saint-Michel-de-Vax.

Privé de Penne et de Vaour, le second canton de Puicelcy ne sera plus ensuite composé, de 1790  à 1801, que par la commune de Larroque (détachée de Puicelcy et créée en novembre 1790) et celle de Las Clottes (La Sauzière), tout en conservant la forêt de Grésigne qui restera incluse pour l’ensemble de sa surface dans la commune du chef-lieu puicelsien.

Laroque émergeant de la brume…

La loi du 8 pluviôse an 9 (29 janvier 1801) allait bouleverser encore cette division territoriale et administrative mise en place par la Révolution puisqu’elle supprima 16 chefs-lieux de canton dans le département du Tarn dont quatre pour le seul arrondissement de Gaillac où figuraient les cantons de Puicelcy et de Cahuzac-sur-Vère. Ceux-ci disparaîtront au profit de celui de Castelnau-de-Montmiral dont le territoire cantonal restera dès lors marqué par un caractère tripolaire en regroupant les plus importantes  des trois bourgades ayant été chacune chef-lieu de canton de 1790 à 1801. Suite à cette recomposition cantonale dans la basse vallée de la Vère, l’espace forestier de Grésigne allait être rattaché 13 ans plus tard, en 1814, au territoire communal du nouveau chef-lieu de canton montmiralais. Cette amputation de la Grésigne sise jusque-là sur la commune de Puicelcy, dont elle composait la moitié du territoire, ne se fit pas sans difficultés.

La dynamique administrative de la Révolution avait préservé l’identité historique de la Grésigne en confirmant le maintien de son rattachement à Puicelcy, conservant à ce village abrité par le dôme de Montoulieu son image de petite cité forestière. Cependant, de nouvelles décisions allèrent à contre-sens de l’histoire avec l’abandon de l’unité grésignole découlant des nouvelles limites cantonales, d’une part supprimant l’existence de Puicelcy-la-Montagne comme chef-lieu de canton, d’autre part séparant les communes situées au nord et au sud de la forêt. Sans tenir compte pour chacune de celles-ci d’un voisinage et d’un patrimoine qui leur étaient communs, et au lieu de favoriser une même unité territoriale et politique qui aurait pu unir et conforter ses communes périphériques, la Grésigne les sépara depuis lors en les rattachant à des territoires différents tournés vers l’Albigeois, le Bas-Quercy et le Bas-Rouergue.

« Puicelcy-la Montagne » qui fut une commune adhérant très étroitement et fidèlement au mouvement de la Grande Histoire de 1789 à 1801, n’en demeura pas moins,  sous la Révolution, une vraie capitale grésignole. Dotée d’une gendarmerie à cheval et plus encore d’une Garde nationale composée de 200 valeureux patriotes, les Maires de Puicelcy affirmèrent pendant la Révolution leurs prérogatives et leurs responsabilités sur une forêt qui fut un repaire de curés réfractaires et de contre-révolutionnaires en même temps qu’un lieu de désordre ou s’exercèrent toutes sortes d’exactions et d’abus.

L’administration de la forêt de Grésigne enjeu de rivalités : l’affaire Serrurier-Dubois

Larroque Labécède fut l’une des figures importantes de Puicelcy pendant la Révolution. Il sera élu  le 26 mars 1790 parmi les 36 administrateurs du Département du Tarn et membre du Directoire départemental le 4 août 1790 puis désigné Député à l’Assemblée législative jusqu’au 20 septembre 1792. Après quoi il sera Président de la Société populaire de Puicelcy. Il se verra confier par arrêté départemental du 15 juin 1794 « la surveillance de la forêt », et sollicitera comme adjoint le 9 ventôse de l’an II Denis Juin (ancien responsable des travaux forestiers en Grésigne au service du Comte de Maillebois et futur Maire montagnard de Puicelcy). Ces nominations de personnalités locales allaient à l’encontre du pouvoir détenu en Grésigne par les anciens officiers de la Maîtrise des Eaux-et-Forêts de Villemur que l’on avait transférée de nouveau à Toulouse, mais qui conservaient leur autorité sur « Aymard Corbières, Garde Général de la Grésigne » ayant quatre gardes sous ses ordres. On comprend ainsi la rivalité qu’entraînera cette double administration de la forêt de Grésigne pendant la Révolution et ce d’autant plus que le Garde général Corbières, habitant la Grande Baraque, sera soupçonné d’y cacher des déserteurs.  Ce qui engendra l’organisation d’une perquisition, connue sous le nom de l’affaire Serrurier-Dubois, qui faillit très mal tourner.

Les Archives départementales du Tarn de la série L soulignent les critiques de Larroque Labécède vis-à-vis de l’absentéisme des agents forestiers de la Maîtrise tenus de résider pendant la Révolution à Toulouse. Parmi les officiers de la Maîtrise des Eaux et forêts, figure l’ancien Procureur du Roi Serrurier-Dubois, devenu agent forestier. Une défiance réciproque s’exerce entre ce dernier qui a exercé sa profession de procureur au service de l’administration royale et Larroque Labécède, républicain montagnard bon teint. Lors de la visite du 18 germinal an IV faite à la Grande Baraque par un agent municipal de Puicelcy (dont le nom n’est pas cité) accompagné par la gendarmerie locale pour interpeller le garde général Aymard Corbières soupçonné d’avoir donné protection à des déserteurs insoumis, Serrurier- Dubois est présent ce jour-là à la Grande Baraque et s’oppose à l’interpellation de Corbières en lui interdisant d’ouvrir la porte, puis en lui ordonnant de ne pas suivre les gendarmes. Ce que ce dernier fera, prétextant de l’obéissance qu’il doit à son supérieur. Les gendarmes de Puicelcy, accompagnés d’un représentant de la municipalité (dont le nom n’est pas cité) et de divers membres de la Société populaire se retireront mais porteront l’affaire devant la justice.

Au cours de la Révolution, la Grésigne sera donc un espace juridique confus provenant d’une double administration où s’opposeront un pouvoir local détenant la surveillance générale de la forêt à l’ancienne administration royale des Eaux-et-Forêts dont les officiers faisaient figure d’agents du Roi, protégeant le Garde général Corbières plus ou moins suspecté de protéger des contre-révolutionnaires. Cette défiance réciproque engendrait confusion et désordre profitables aux manants qui, soumis à la disette, donnèrent de plus en plus du fil à retordre aux gardes forestiers.

Réclamation et défense des privilèges en forêt de Grésigne pendant la Révolution

Les communes limitrophes de la forêt de Grésigne mirent à profit la Révolution pour réagir vigoureusement contre la limitation de leurs droits d’usage en forêt, limitation prononcée par la Réformation de 1542 sous François Premier, reprise par la Réformation de Froidour en 1667 sous Louis XIV, confirmée durant l’inféodation de la forêt par le Comte de Maillebois de 1770 à 1782 sous Louis XV.

A titre d’exemple, les revendications des habitants contenues dans le Cahier de Doléances de Penne (1) rédigé en mars 1789 font état de la répression exercée par le Comte de Maillebois sur les habitants de cette communauté vis-à-vis de leurs droits d’usage supprimés en Grésigne, privilèges qu’ils souhaitaient retrouver et voir confirmer  de nouveau, comme l’attestait leur supplique :

« Ce qui rend encore cette Communauté plus malheureuse, c’est qu’ayant acquis de sa Majesté la faculté de prendre à perpétuité dans sa Forêt Royale de Grésigne du bois mort pour son chauffage ainsi que le bois nécessaire pour ses édifices et fermeture de leurs jardins et la faculté de faire pacager les bestiaux dans toute l’étendue de ladite forêt, moyennant une albergue de 21 livres qui a toujours été payée et que l’on paie encore annuellement, elle se voit aujourd’hui néanmoins privée de toutes ces facultés depuis la concession faite en 1770 de ladite forêt  au Comte de Maillebois, par les tracasseries que les gardes font journellement aux habitants par la capture, la vente et la confiscation de leurs animaux ».

Puycelsi depuis la route menant au Sauze

Significative est aussi l’anecdote rapportée dans les délibérations de la municipalité de Puicelcy s’opposant à une autorité jugée abusive représentée par des gardes forestiers tatillons qui ont pris des mesures vexatoires à l’encontre de l’un de ses braves citoyens, lequel comparaît le 4 août 1792, un mois et 17 jours avant que ne soit proclamée la Première République, devant l’assemblée communale réunie à la Maison commune. Le secrétaire-Greffier Alexis Féral du « Conseil général » de cette commune nous rend compte de cette affaire : 

« Antoine Marmande, habitant de la Ville de Puicelcy, nous a dit que ce jour d’hui, à huit heures du matin, étant allé avec deux de ses bourriques dans la Forêt de Grésigne pour prendre deux charges de bois de privilège à brûler en usant du privilège attribué à cette Municipalité, et qu’ayant faite les deux charges de mort-bois, il serait intervenu trois gardes de la Forêt qui, sans aucun prétexte, lui ont enlevé sa hache ».

S’opposant à ce que les gardes poursuivent le brave homme, afin que l’on ne puisse point lui dresser personnellement « une contravention puisqu’il n’a fait qu’exercer un privilège qu’a la Municipalité dont il est habitant », « le Corps Municipal prend sa défense en ordonnant que ledit Marmande déposera de suite dans une chambre du présent Hôtel de Ville les deux charges de bois, le reconnaissant comme bois de privilège ». Comme on le voit, le Maire et les cinq officiers municipaux constituant le bureau exécutif de la municipalité de « Puicelcy-la-Montagne » n’hésitaient pas en 1792 à s’opposer aux représentants de l’administration forestière, fidèles en cela à leurs devanciers Consuls de « Puicelcy-en-Albigeois » qui plaidèrent maintes fois depuis le 14ème siècle en faveur de la défense des droits et privilèges détenus en forêt par leurs ressortissants et paroissiens devant le Parlement de Toulouse.   

Les délits forestiers en Grésigne sous la Révolution

Les désordres de la période révolutionnaire vont ainsi exacerber et libérer la colère des petites gens pour qui la forêt de Grésigne constituait un lieu collectif de pratiques individuelles permettant de s’approprier des ressources diverses, tant pour leur approvisionnement en bois de divers usages que pour un complément appréciable de nourriture utile à leurs animaux. Il en découlera, non seulement les nombreux délits qui seront commis à la veille et au cours de la Révolution, mais protestations et révoltes, comme ce fut le cas en 1789 d’une trentaine de puicelciens que les gardes surprenaient en Grésigne « un sac de glands sur la tête et disant qu’on ne les empêcherait pas » !

Devant son « Conseil général », Maffre Farjanel oncle, premier Maire élu sous la Révolution à Puicelcy, s’était fait cependant l’écho des dévastations excessives commises en Grésigne, ce qui le conduit le 21 janvier 1791 à réclamer l’installation rapide d’une gendarmerie dans sa commune. Voici les arguments qu’il développe sur l’insécurité qui règne alors en Grésigne fréquentée par toutes sortes de vagabonds et de délinquants :

« L’infertilité du terroir et la privation d’aliments, en occasionnant la misère provoquant la rapine, et le relief du sol la facilité de trouver un refuge dans la vaste Forêt de Grésigne qui nous avoisine, y appelant les vagabonds des départements voisins, nous avons la douleur de voir dégénérer en crimes douloureux ce qui n’était d’abord qu’une situation occasionnée par le besoin. Cette forêt est en proie aux délits destructeurs. En vain, les gardes au dedans et les municipalités au dehors s’appliquent à prévenir ou arrêter ces abus; leurs démarches restent infructueuses par le défaut de forces suffisantes ».

Il s’agit souvent de simples chapardages, comme celui constaté le 2 janvier 1793 par le garde Louis Chrétien, qui « a surpris ledit Marquet, charpentier à Puicelcy, emportant sur son cou un chêne de bois vert de un pied et demi de tour », ce qui valut au délinquant de devoir s’acquitter « d’une amende de 6 livres avec saisie de la hache » confisquée le jour du délit pour être vendue, « le prix en provenant devant être versé dans les coffres nationaux » selon la prescription des arrêts du jugement .

Les archives du Tribunal du district de Gaillac fourmillent de ces procès-verbaux pittoresques sanctionnant, non seulement les vols de bois en Grésigne, mais le comportement agressif et dangereux de leurs auteurs qui n’hésitaient pas à menacer les gardes forestiers.

Tel est le cas de l’incident survenu le 6 Septembre 1793, le garde « Nicolas Petit, résidant dans la Forêt, dûment assermenté par le Tribunal de Gaillac», établissant le procès-verbal ci-après (2) :

« J’ai surpris l’an 1793, le 6 septembre, à 11 heures, dans le triage de Périlhac, le nommé Antoine Trégan dit Camisard et son neveu, chacun avec une hache, à couper des chênes tels qu’ils se présentaient, comme s’il s’agissait d’une coupe, ayant abattu 12 chênes, dont trois d’un pied de tour, quatre de 10 pouces et cinq de 7 pouces ».

Le garde ayant réussi à leur confisquer leur hache, mal lui en prit, car l’affaire s’envenima :

« Les susdits m’ont alors poursuivi, et étant près de moi, je vis Camisard une pierre dans sa main. Ils m’ont dit, d’un ton ferme et menaçant, qu’ils voulaient leurs haches ou que je perdrais la vie, moi ou eux… Et le neveu dudit Camisard, quand il a vu que je ne voulais pas satisfaire à leur demande, se mit à crier à haute et intelligible voix à son épouse : apporte-moi le fusil !

Et pour lors, j’ai posé les deux haches à terre et je me suis mis en défense, tenant un pistolet d’une main et mon sabre de l’autre, et j’ai dit à ce malheureux pourquoi il avait apporté des armes dans la Forêt ? Il m’a déclaré qu’il avait le droit d’en porter aussi bien que moi. Je lui ai dit que les armes que je portais, c’était pour la défense de ma vie, et que lui, il n’avait pas le droit. Mais à dire vrai, je n’ai pas vu de fusil ! Cependant, j’ai apaisé ces deux misérables et je suis été obligé de leur laisser une hache pour éviter un malheur ».

Redoutés et d’autant plus craints qu’ils pouvaient poursuivre les voleurs de bois jusqu’à leur domicile, les gardes forestiers ne purent empêcher les délits  de se poursuivre sous le Directoire, ainsi que le relate cet autre procès-verbal, daté du 12 décembre 1797, mentionnant que le bois volé était aussi destiné à un usage spécifique de l’artisanat de Puicelcy, à savoir la fabrication de fuseaux pour tisser la laine :

« L’an 6 de la République (1798), le vingt-deuxième jour de frimaire, environ 9 heures du matin, Nous Aymard Corbières, Garde Principal de la Forêt de Grésigne, accompagné de François Lala, Nicolas Petit et Antoine Régis, Gardes particuliers de ladite Forêt, certifions que hier 21 du courant, étant partis de nos baraques, avons trouvé un délit récemment commis au lieu appelé la Fon du Crapaud, de 21 arbres, à savoir 9 charmes, 7 ozerals, 3 hêtres et 2 cerisiers, le tout ayant été scié sur pied. Ce que voyant, nous sommes parvenus par des voies indirectes où avait passé ledit délit et nous sommes transportés à Puicelcy pour y faire des visites domiciliaires…Après avoir requis à cet effet l’Agent Municipal Saint-Etienne, nous sommes transportés chez Gabriel Brel, tailleur de pierre, dans le grenier duquel avons retrouvé un ozeral de 2 pieds, deux charmes, un hêtre de 2 pieds 4 pouces, le reste découpé en escopeaux pour faire des fuseaux ».

Les Montmiralais n’étaient pas en reste sur les Puicelciens de l’époque pour commettre de semblables délits et larcins, si nous nous référons encore à cet autre procès-verbal correspondant à la date du 8 février 1798 :

« L’an 6 de la République, le vingtième jour de pluviose, environ 8 heures du matin, Nous, Aymard Corbières, accompagné de Nicolas Petit et d’Antoine Régis, certifions que nous avons surpris au triage de l’Hortigas, le nommé Alby, dit Duc, cordonnier de son métier, habitant à Montmiral, lequel avait coupé sur pied un chêne de 2 pieds de grosseur, lequel refusa de remettre sa hache opiniâtrement, mais réduisit le chêne en billes et en bûches et en chargea son petit mulet…»  Encore un récalcitrant vraisemblablement sabotier, dont l’esprit de désobéissance s’accompagne de menaces !

Puycelsi depuis l’ancienne carrière de Laroque
La chasse aux contre-révolutionnaires en forêt de Grésigne sous la Révolution

« La Forêt de Grésigne étant tombée tout entière dans la Commune de Puicelcy lors de sa création en 1790 », les quatre maires qui se succèderont à la tête de cette municipalité de 1790 à 1795, puis à la tête de son « Administration Municipale de Canton » du 2 novembre 1795 au 14 mai 1800, auront pour mission d’y maintenir et d’y protéger l’ordre républicain.

Ainsi, le 2 octobre 1793 (3) , faisant suite à l’arrestation de divers suspects, le Conseil général de la commune de « Puicelcy-la-Montagne », sur pétition de la Société Populaire locale, a fait venir sur place un certain « Hugonet, Président de la Société Populaire de Gaillac ». L’on y a descendu depuis peu les cloches pour les fondre en canon et l’on a les plus grosses difficultés à réquisitionner du grain par des visites domiciliaires pour remplir le grenier public en vue de  faire face à une disette hivernale qui sera calamiteuse. Dans cette situation très tendue, le Maire Pierre Arvengas, avec officiers et notables de la municipalité de Puicelcy, étaient conduits à prendre des précautions, comme l’indique la déclaration ci-après, formulée auprès dudit Hugonet : « pour prévenir toute espèce de rassemblement en Grésigne, la municipalité est obligée de se faire suivre de nombreuses patrouilles … Sur quoi il a été délibéré que n’ayant aucune espèce d’armes, il sera demandé aux citoyens Représentants du Peuple en Mission de passage à Toulouse de faire remettre à cette Municipalité 60 fusils pour la Garde nationale du canton, sur l’assurance qu’elle leur donne de n’en faire usage que pour le service de la République, et le maintien de la tranquillité ».

Le tombeau de Pierre Arvengas, un des premiers maires de la Commune, sur une hauteur entre Puycelsi et le Sauze

En novembre 1795, à Penne, « il y a un nombre effrayant de brigands cachés dans les bois et les cavernes », qui n’étaient autres que les nombreux déserteurs encadrés par des curés réfractaires, retirés en Grésigne. Celui qui fut député montagnard du Tarn, Jean-Pierre Lacombe de Saint-Michel-de-Vax, dénonçait alors au Ministre de la Police générale une effervescence royaliste : « les déserteurs qui menacent  la Garde nationale, les prêtres non réfractaires qui sont insultés… Tout y annonce le germe d’une nouvelle Vendée ». Ce diagnostic inquiétant d’une forêt protectrice des « Cy-devant réactionnaires » était confirmé sept mois plus tard puisque, le 13 juillet 1796, le Commissaire central faisait arrêter « le turbulent prêtre Gazaignes, réfugié de Brens à Penne, ce nouveau chef de chouannerie qui prêche à 3 ou 4 000 habitants pestiférés »(4)

Mais il n’y aura pas de « nouvelle Vendée » dans le pays grésignol car les Républicains étaient vigilants. Ce fut le cas à Puicelcy lorsque les Montagnards de cette Commune, « avertis d’un rassemblement à la Grande Baraque le 18 germinal  an 4 » (7 avril 1796) (5) lancèrent l’alerte « pour réquisitionner la gendarmerie afin de se rendre sur les lieux avec un piquet de la Garde nationale ». Il s’agissait cette fois de déserteurs ou d’insoumis qui, une fois pris, furent enfermés dans la tour de la prison dominant les portes de l’Irissou à l’entrée de ce village fortifié.

Parmi ces jeunes hommes refusant la Loi Jourdan instituant la conscription obligatoire en septembre 1798, quelques-uns se cachèrent en Grésigne où ils furent regroupés et encadrés par des nobles émigrés de retour d’Espagne, puis récupérés trois ans plus tard pour rejoindre une armée royaliste reconstituée clandestinement. Forte de plus de plus de 2 000 hommes, cette armée de contre-révolutionnaires assassina de nombreux républicains dans le village de Carbone (Haute-Garonne) et échoua de peu pour prendre « Toulouse la Jacobine », avant d’être finalement défaite dans la plaine de Montréjeau le 20 août 1799.

A chaque période troublée de notre histoire locale, la Grésigne aura été un refuge et un lieu de résistance. Au même titre qu’y furent construits divers oppida à l’époque celtique, fortifications  devenues vraisemblablement mottes féodales tenant lieu d’habitats ou de camps retranchés lors de la croisade des Albigeois ou de la guerre de Cent Ans, cette forêt servit plus tard de lieu de regroupement pour les troupes huguenotes de « la République de Saint-Antonin»(6), et de celles de Bruniquel dirigées par le redoutable Capitaine Payrol pendant les Guerres de Religion puis devint le repaire des vagabonds, des déserteurs et des insoumis sous la Révolution et l’Empire, avant de protéger, un siècle et demi  plus tard, les Maquis et les résistants du Groupe Vendôme lors de la dernière Guerre Mondiale 1939 -1945.


  1. Pierre Malrieu, « Penne en Albigeois, Bruniquel en Quercy », Ed. La Duraulié, juin 1986, page 184
  2. Procès-verbaux de ces divers délits forestiers dans le dossier « Grésigne 1793-1843 » aux Archives communales de Puycelsi
  3. Délibération municipale du 2 octobre 1793, Registre D 3, Archives communales de Puycelsi.
  4. Pierre Malrieu, « Penne en Albigeois, Bruniquel en Quercy », op. cit., pp 189-190 et Edourd Minart, « La Saga d’un Rocher, Penne-du-Tarn », avril 1991, page 115
  5. Délibération de l’administration municipale de canton pour Puicelcy, L 1257 / 2, Archives départementales du Tarn
  6. Charles Portal, « Histoire de la Ville de Cordes », seconde édition 1965, page 142, où il est fait mention, de la présence en Grésigne, en septembre 1620, d’une « quantité de rebelles » huguenots, estimés par les Consuls de Gaillac à « 1 500 ennemis »  qui y étaient cernés et avaient tenté d’aller secourir Montauban assiégé par les troupes de Louis XIII

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