annexe 4 : EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE ET ECONOMIQUE DE LA COMMUNE DE PUYCELSI

Nous avons constaté, dans les chapitres précédents, combien la forêt de Grésigne et son environnement humain étaient intriqués. L’étude complémentaire qui suit montre bien l’impact, sur la démographie de Puycelsi, du recours décroissant aux ressources de la forêt et par contre de la recherche d’emplois et de revenus extérieurs à l’espace grésignol.

L’histoire de la Grésigne et de ses communes limitrophes a connu  une population décimée par les pestes successives au cours de la Guerre de Cent Ans.  Les monographies de Rossignol nous indiquent qu’il n’y avait plus à Puycelsi que 28 feux vers 1450. Nous avons vu que la réformation de la Grésigne en 1542 sous François Premier s’est déroulée avec une population grésignole atteignant une dizaine de milliers d’habitants, parmi lesquels les huit hameaux (anciennement les paroisses) de la  Communauté de Puycelsi-Larroque comptaient 590 feux (ou foyers),  soit  environ 3 000 habitants.

Les Guerres de Religion sous Louis XIII, puis les fastes de Louis XIV suivis par les famines du « petit âge glaciaire » de 1690 à 1709  l’ont fait chuter de moitié. C’est ce qu’indique déjà,  en 1735, la vérification des capitations (cf. mon ouvrage «  Puicelcy, lieu de mémoire ») qui ne concerne plus que 361 chefs de famille, soit environ 1 800  habitants. Ces chefs de famille sont répartis en « 8 gentilshommes vivant noblement, 8 gros bourgeois vivant de leurs rentes, 3 hommes de loi, 3 chirurgiens, 3 marchands, 2 aubergistes, 1 sergent de police », auxquels s’ajoutent « 89 laboureurs, 39 métayers, 65 brassiers, 17 valets de labour, 16 bergers », plus « 92 artisans, 5 meuniers et 10 charbonniers » et «  16 valets en livrée ».

Enumération étonnante pour les Puycelsiens actuels que cette diversité de la ruralité grésignole en voie de repeuplement rapide en une seule génération après les famines dues aux grands froids de la fin de règne de Louis XIV.

Il faudra cependant attendre plus de 70 ans encore pour que la population de la Communauté de hameaux de Puycelsi (y compris Larroque avec Saint-Martin d’Urbens et Mespel) compense ses pertes et retrouve 2 400 habitants au début de la Révolution.

L’évolution démographique des petits pays grésignols au cours du moyen âge et sous l’Ancien Régime est semblable à celle que connut la Communauté de Puycelsi ; évolution que nous allons décrire avec plus de précision à partir de la Révolution et mieux encore à partir des premiers recensements.


Diverses délibérations communales de la période révolutionnaire nous indiquent un nombre variable d’habitants à partir du moment où les hameaux de Saint-Nazaire de Larroque et de Saint-Martin d’Urbens, qui étaient partie intégrante de la Communauté puis de la Commune de Puicelcy-en-Albigeois lors de sa constitution en 1790, vont constituer la Commune de Larroque selon l’arrêté du 9 novembre 1791. Cet arrêté du Directoire départemental donnait satisfaction aux traditionnelles velléités d’indépendance des « Roucanels » vis-à-vis des « Pechcelsiols » !

Ensemble, ainsi que le précisera le dénombrement effectué le 20 novembre 1793 par la Société Populaire de Puicelcy-la-Montagne pour rationner le blé,  la population totale des deux communes de Larroque et de Puycelsi s’élevait à 2 415 habitants. Ce nombre est comparable à celui de « 2 310 habitants », correspondant aux « 345 feux » dénombrés avant les grands froids de 1709 pour les sept hameaux de la Communauté de Puicelcy, y compris donc les deux hameaux de Saint-Martin d’Urbens (avec Mespel et les Abriols) et de Saint-Nazaire de Larroque.  

Le premier dénombrement démographique connu pour la seule commune de Puicelcy apparaît dans la délibération en date du 10 janvier 1794 où, sous l’autorité du Maire Juin, on dénombre  « 1 520 individus ». Les années faméliques ont causé de nombreux décès à partir de 1789. C’est donc, sur la base de cette population de 1 520 habitants en 1794 pour la seule commune de Puycelsi, que sont organisés les rationnements en pain et en vin, et c’est à partir de ce nombre que nous pourrons évaluer le fort développement démographique que la commune de Puycelsi va de nouveau connaître au cours de la première moitié du 19ème siècle.

Explosion de la natalité et croissance continue de la population de 1794 à 1846

Beaucoup de jeunes « pechcelsiols » sont enrôlés pour aller faire les guerres de la Révolution et du Premier Empire. Ainsi s’explique la faiblesse du nombre des mariages qui allèrent en diminuant de 1801 à 1815, accompagnés par les décès d’un enfant sur deux avant l’âge de 10 ans entraînant un taux de mortalité élevé autour de 25 décès pour 1 000 habitants. La population de Puicelcy augmentera cependant rapidement à la fin de la première moitié du 19ème siècle, une fois terminées les guerres napoléoniennes et leurs conséquences. Puicelcy comptera déjà 2 026 habitants en 1831, soit une augmentation de 506 habitants depuis 1794, ce qui représente une augmentation de 33% en 37 ans avec un rythme moyen de croissance annuelle égal à 0,9%. Croissance obtenue par une  forte natalité de l’ordre d’une soixantaine de naissances par an largement supérieure au nombre des décès. Malgré les années difficiles du Premier Empire et de la Restauration, l’excédent annuel du nombre des naissances sur celui des décès permit donc un accroissement démographique continu que les recensements quinquennaux officiels de la population communale confirmeront au cours de la période 1836-1846 :

  • Année 1836 : 2 082 habitants pour 470 ménages ; 578 habitants au chef-lieu
  • Année 1841 : 2 153 habitants pour 511 ménages ; 588 habitants au chef-lieu
  • Année 1846 : 2 206 habitants pour 503 ménages ; 608 habitants au chef-lieu
Stabilisation de la population maximale entre 1846 à 1866

A partir de 1846 où la Commune de Puycelsi atteint sa population maximale, une très légère décrue s’annonce. La disette est là et la mortalité augmente. Les premières années du Second Empire furent catastrophiques à Puycelsi si l’on en juge par l’organisation des ateliers de charité durant « les années malheureuses où les subsistances se raréfient et où le prix du blé augmente ». En 1853, 1854, 1855 et 1856, le Conseil municipal vote les contributions successives de 6 000 francs, 9 500 francs, 4 000 francs et 2 300 francs « pour soulager les pauvres  à qui le travail fait défaut en hiver ». La natalité diminue aussi, car si le nombre des ménages augmente entre 1846 et 1866, le contrôle des naissances ajouté aux premiers signes de l’exode vers les villes alentour font que la population totale commence à diminuer légèrement de 3 % en 20 ans, ainsi que le montrent les chiffres des recensements: ci-après :

  • Année 1851 : 2 145 habitants pour 539 ménages ; 579 habitants au chef-lieu
  • Année 1856 : 2 137 habitants pour 532  ménages ; 572 habitants au chef-lieu
  • Année 1866 : 2 131 habitants pour 530 ménages ; 575 habitants au chef-lieu
La vitalité brisée : effondrement démographique et début d’un exode massif après 1866…  jusqu’en 1921

A partir des années 1865-1870, vers la fin du Second Empire, commence la chute démographique de Puycelsi. Déjà handicapée par son isolement géographique, l’activité économique du pays grésignol et de Puycelsi en particulier connaît, en cette fin du 19ème siècle, des difficultés. La fermeture de la perception en 1850 puis de la  gendarmerie en 1852 sont les signes avant-coureurs du déclin qu’avaient annoncé à Puicelcy la suppression de son canton en 1802 et le transfert du territoire de la Grésigne à la commune de Castelnau-de-Montmiral en 1814.

Après une forte croissance démographique, la crise économique et sociale se traduit dans la région par une main-d’œuvre surabondante qui ne trouve plus de travail sur place. L’effort de désenclavement qui s’était poursuivi avec la création de nombreuses routes entre 1840 et 1855, grâce aux ateliers de charité où les pauvres étaient payés entre 75 centimes et un franc par jour afin de pouvoir payer leur pain quotidien, est terminé. Parallèlement, la suppression de nombreux emplois dans les communes limitrophes accentue misère et paupérisme pour une large partie de la population sans travail et donc, sans revenus. Ainsi, la dernière verrerie de Haute-Serre, qui occupait 25 ouvriers, ferme définitivement en 1852 alors que celle du Sauze a fermé au début du 19ème siècle.

une des anciennes maisons de Puycelsi, village sur un pech en bordure de la forêt de Grésigne
Puycelsi, dans le village

La construction de la voie de chemin de fer Montauban-Lexos-Capdenac, employant 575 ouvriers en mai 1855 (selon le Courrier de Tarn et Garonne) puis 848 en juin, est achevée en 1858. La Société Métallurgique Régionale diminue sa production de fer puis arrête son haut-fourneau de Bruniquel en 1874. L’extraction de plâtre, arrivant de la Combe de Mespel par wagonnets jusqu’au moulin sur la Vère que l’on appelait « lou mouli del plastre », activité financée par les de Tholosany à Larroque, cesse également…

La disparition de ces diverses activités qui exigeaient une énergie à base de charbon de bois et une masse considérable de traverses de chemin de fer, va entraîner à leur tour une diminution des coupes de bois en Grésigne et de l’activité forestière. Et ce d’autant plus que le bois de chauffe voit par ailleurs ses débouchés urbains progressivement réduits à la suite de la concurrence croissante de la production de houille des bassins voisins de Carmaux et Decazeville.

Enfin, sur le plan agricole, on ne cultive plus après 1850 le lin et le chanvre qui produisaient la filasse servant à faire des cordages et des voiles devenus inutiles pour la marine des bateaux à vapeur. D’autre part, le phylloxera, apparu à Amarens (canton de Cordes) dès 1879, va dévaster tout le vignoble local, ruinant passagèrement dans le Gaillacois maintes activités artisanales ou de services annexes au commerce des vins.  On s’exercera à replanter  les vignes à partir des années 1885 en greffant nos variétés de vinifera sur de nouveaux plants américains  et la surproduction  suivant la mévente du vin interviendra dès les années 1905 en provoquant la misère et la révolte des vignerons du Bas-Languedoc.

Ces sévères difficultés économiques ont engendré un exode massif de la population rurale dans toutes les communes périphériques de Grésigne vers les villes et les zones industrielles voisines où la main-d’œuvre est recherchée.  Comme ce sont d’abord les jeunes qui quittèrent les hameaux de nos campagnes depuis 1846, il en résulta peu à peu un vieillissement de la population avec ses conséquences quant au fléchissement de la natalité et quant à un taux accru de mortalité, aggravant le déficit naturel d’une population.

Ce qui va se traduire à Puycelsi par l’une des périodes les plus noires de son histoire entre 1866 et 1911 où la population chute de moitié, de 2 121 à 1 097 habitants ; chute régulière enregistrée par les recensements décennaux intermédiaires :

  • Année 1876 : 1 833 habitants pour 515 ménages ; 502 habitants au chef-lieu
  • Année 1886 : 1 716 habitants pour 465 ménages ; 435 habitants au chef-lieu
  • Année 1896 : 1 594 habitants pour 448 ménages ; 433 habitants au chef-lieu
  • Année 1906 : 1 215 habitants pour 366 ménages ; 325 habitants au chef-lieu
  • Année 1921 : 824  habitants pour 275 ménages ; 218 habitants au chef- lieu

On remarque que le nombre moyen de personnes par ménage se maintient autour  de 3 personnes de 1866 à 1921, et que la perte de la population a été relativement plus importante dans le village chef-lieu.

La population du  village de Puycelsi,  stricto-sensu à l’intérieur de ses remparts, perdra ainsi peu à peu de son importance par rapport à la population totale de la commune : en moyenne de 30% pendant la période 1868-1921. Et nous verrons  comment ce rapport s’établira  à 20% en 1999.

Un exode continu, aggravé par la guerre de 1914-1918, qui se prolongera jusqu’en 1982

A la différence des baisses démographiques que la commune de Puycelsi avait déjà plus ou moins connues  au cours du moyen âge à la suite des pillages et des épidémies de la Guerre de Cent Ans de 1350 à 1430, puis  au 16ème siècle lors des Guerres de Religion de 1560 à 1620, et enfin au cours des famines successives dues aux vagues de froid du « petit âge glaciaire des années 1693 à 1709 » qu’une forte natalité avait chaque fois enrayé dans les vingt années suivantes, le déclin démographique que nous venons d’étudier à partir de la moitié du 19ème siècle va irréversiblement se traduire, à partir de 1866, par une hémorragie continue qui se prolongera par la saignée de la guerre de 1914-1918…  et  bien au-delà, jusqu‘en 1982.

Le 20ème siècle commence mal ! En effet, comment  ne pas évoquer ici la saignée démographique  douloureuse que représenteront  les 70 Puycelsiens tués pendant la Guerre 1914-1918  ! Hommes jeunes d’une génération décimée, pour la plupart nés dans les années 1880-1890, leur disparition va provoquer un nouvel effondrement de la population communale qui diminue de 371 habitants, près de 30 % en  10 ans, passant de 1 215 habitants en 1906 à 844 habitants  en 1921 ; soit une diminution démographique d’un tiers des habitants dans la décade 1911-1921 comprenant les quatre années de guerre 1914-1918. Dépopulation catastrophique  et brutale pour l’économie locale !

Cette chute  de la population communale sera atténuée au cours de l’entre-deux guerres :

  • Année 1931 : 796 habitants
  • Année 1936 : 770 habitants

La Seconde Guerre mondiale durant laquelle le village de Puycelsi abritera passagèrement une  petite colonie de lorrains, ce qui n’empêchera pas la population de la commune de perdre une centaine d’habitants et se retrouvera avec 664 habitants en 1946.

Une fois terminée la période de privations qui perdurera jusqu’en 1950, tandis que la commune restera privée d’eau potable jusqu’en 1955, la diminution de la population s’accélère de nouveau passant de 664 habitants en 1946 aux 442 habitants qui constitueront en 1982 son étiage démographique !

  • Année 1946 : 664 habitants
  • Année 1962 : 503 habitants 
  • Année 1968 : 535 habitants
  • Année 1975 : 480 habitants
  • Année 1982 : 442 habitants

Observons que si la commune ne perd qu’une quinzaine d’habitants dans les années difficiles de l’après-guerre où sa population s’établit encore en 1954 à 650 habitants qui endurent toujours l’absence d’un réseau d’eau potable et un manque d’hygiène généralisé, l’exode va reprendre son cours de façon continue sur un rythme atténué par la présence d’une colonie de Harkis qui explique la  petite remontée de la population communale de 503 habitants en 1962 à 535 habitants en 1968. Ensuite, malgré l’arrivée à la Janade d’une dizaine de jeunes gens appartenant au sympathique  mouvement des hippies, la démographie communale chutera de nouveau à 480 habitants en 1975,  pour arriver en 1982 au minimum de 442 habitants.

La petite et courte renaissance rurale à Puycelsi (1982–2000)

« Volem viure al païs  !… Al païs que moritz », « nous voulons vivre au pays, un pays qui meurt ! »

C’est l’occitan Claude Marty qui vient chanter sur la place de la mairie de Puycelsi en 1979 la prise de conscience d’un nécessaire renouveau en proclamant « Volem viure al païs….un païs que vol viure ! » (« nous voulons vivre au pays, un pays qui veut vivre »)

Ce regain de l’identité occitane ne visait pas à développer que le tourisme… 

A Puycelsi et dans sa région, hors des productions agricoles traditionnelles, il est difficile d’attirer de nouvelles activités créatrices d’emploi, à l’exception de structures d’accueil touristique et de la restauration du foncier bâti. En effet, ces dernières profitent aux divers artisans du bâtiment et améliorent le chiffre d’affaires saisonnier du petit commerce rural en maintenant l’épicerie et la boulangerie locale, voire le restaurant ou le bistrot du village. Le tourisme est essentiellement un tourisme de passage dont le Syndicat d’initiatives dénommé « Puycelsi-Grésigne  » fait la promotion depuis sa création en 1966. Le tourisme de séjour reste limité avec la colonie de vacances de la Fédération des Œuvres Laïques à Lascroux  et avec le village-vacances de La Janade organisé par l’Amicale des Anciens d’Algérie. Le tourisme de visite s’est développé grâce aux retombées de la fréquentation croissante de Cordes et des gorges de l’Aveyron dès les années 1960-1970, et Puycelsi bénéficie de l’authenticité d’un village fortifié qui profite de l’attractivité des vieilles pierres et du retour à la nature, le tout amplifié par le développement de la circulation automobile. 

Après les quelques familles de résidents secondaires qui venaient passer la belle saison à Puycelsi à partir des années 1960, et après le succès du restaurant du Rô qui desservait à l’orée de la Grésigne quelques 300 repas par semaine à base de civet de sanglier et de rôti de chevreuil, Puycelsi se démarquait déjà de la plupart des villages voisins par le nombre important de visiteurs affluant tous les week-ends et lors des vacances estivales, attirés par la renommée de son site fortifié haut-perché.

Dans les années 80-90, se créent en périphérie de la forêt de Grésigne, d’une part la Base de Loisirs Vère-Grésigne, d’autre part un Verger Conservatoire et un Sentier du Patrimoine autour de la Ferme départementale du Roc ; investissements publics importants qui accompagnent l’embellissement des places et rues de nos villages en commençant par Puycelsi qui est classé parmi « les plus beaux villages de France » dès 1986. Le Sentier du Patrimoine  qui part du village pour atteindre les 468 mètres de Montoulieu en Grésigne est parcouru alors par 2 à 3 000  nouveaux adeptes d’une randonnée qui se généralisera par la suite. Plusieurs enquêtes dénombrent alors jusqu’à 500 automobiles qui « montent à Puycelsi » chaque dimanche, tandis que la Base Vère-Grésigne compte chaque jour 1 000 à 1 500 entrées payantes pour la baignade et son toboggan aquatique, les pédalos et les planches à voile !

Ce tourisme de passage est dû, en week-end, à la proximité  des villes de la métropole toulousaine et, en saison estivale, par 40 à 50 000 visiteurs qui passent à Puycelsi avec une forte proportion d’étrangers estimée à 20%. Ce mouvement a favorisé sur la commune, dès 1975, l’installation d’un camping à la ferme et de 5 gîtes ruraux. S’ensuivront la création d’une dizaine de chambres d’hôte, la réapparition en 1990 d’un petit commerce polyvalent (épicerie avec bureau de tabac disparus depuis 12 ans), suivie par l’ouverture de snack-bars, de restaurants et d’un hôtel–restaurant de grand standing (site de l’office de tourisme). Parallèlement, de nombreuses maisons de la commune bénéficient de restaurations souvent de qualité donnant lieu à une intense activité artisanale des métiers du bâtiment   

Mais le développement touristique ne doit pas cacher pour autant l’effondrement de l’agriculture communale. Ainsi les recensements agricoles successifs montrent la disparition rapide  des exploitations agricoles familiales. Celles-ci, au nombre de 82 avec une population familiale de 315 personnes en 1970,  n’étaient plus que de 48  avec une population familiale  de 154 personnes en 1982, et se comptent au nombre de 8 exploitations  avec une population familiale de moins de 40 personnes en 1999. En moins d’une génération, faute de successeurs, 9 exploitations agricoles sur 10 ont disparu et, hors les retraités, la population vivant de l’agriculture qui était majoritaire est devenue largement  minoritaire dans la commune de Puycelsi .

Ainsi, dès 1968 où sont arrivés les « hippies», l’installation de nombreux « néo-ruraux » (étymologiquement : nouveaux ruraux) a compensé, malgré la mobilité entre arrivées et départs, la forte diminution de la population agricole. En d’autres termes, l’excédent des flux démographiques a été supérieur au déficit naturel des naissances par rapport aux décès.  Les « nouvelles campagnes », nées de ce mouvement démographique important,  ont  permis à Puycelsi de faire croître sa population de 442 habitants en 1982 à 501 habitants en 2000 et le maintien de son école à deux classes.  

Puycelsi, la porte de Navistour
Evolution comparée de l’exode entre village et hameaux de Puycelsi

Le dépouillement des statistiques communales au 19ème siècle peut être effectué à partir de l’année 1836. Ce n’est qu’à partir de cette date que les recensements quinquennaux dénombrent les populations agglomérées du village de Puycelsi intra-muros et de chacun  des deux hameaux de Lacapelle et de Laval.

1-population agglomérée comparée de Puycelsi, Laval et Sainte-Catherine

En premier lieu, ces statistiques nous permettent donc de suivre l’évolution comparée des populations agglomérées de ces trois bourgades. Les  populations agglomérées des hameaux de Laval et de Lacapelle, avant de commencer à décroître, atteignent leur maximum démographique respectif avec 121 et 145 habitants en 1836, tandis que la population du village de Puycelsi sera maximale en 1846 avec 608 habitants lorsque, rappelons-le, la population totale de l’ensemble de la commune atteint aussi cette année–là son maximum démographique avec 2 206 habitants. 

A dominante agricole, aussi pauvres pour leur large majorité que celles de l’artisanat manufacturier  du chef-lieu de la commune, les populations de Lacapelle et de Laval commencèrent à subir  leur exode dix ans plus tôt, au cours du 19ème siècle. Un exode qui s’avèrera être  le plus fort dans le hameau de Laval puisqu’en 1921, la population n’y sera plus que de 35 habitants au lieu de 121 habitants en 1836. Il en découle qu’au cours de la période 1836-1921, le hameau de Laval aura perdu 8 habitants sur 10 (exactement 82 %)  tandis que, dans le même temps, la population du hameau de Lacapelle résistera mieux en ne tombant qu’à 76 habitants, soit une perte de 5 habitants sur 10 (exactement 52%), et que la population du village chef-lieu de la  commune de 578 habitants en 1836 puis de 608 habitants en 1846 sera réduite à 218 habitants en 1921, soit une perte de 6 à 7 habitants sur 10 (exactement 65 %).

2-Comparaison entre population agglomérée et population éparse

En second lieu, ces statistiques nous permettent de suivre l’évolution comparée entre la population agglomérée totale (village de Puycelsi plus hameaux de Lacapelle et de Laval) et la population éparse restant sur le territoire communal. La population des paroisses de Sainte-Catherine, Valès et Saint-Julien  est considérée dans ces premiers recensements comme éparse et non regroupée.  On constate donc que la population agglomérée totale perd peu à peu de son importance. En effet, si en 1851 le village de Puycelsi et les deux hameaux de Laval et de Lacapelle totalisent plus que la moitié de la population totale avec 1 079 habitants, par  rapport au nombre alors sensiblement supérieur des 1 066 habitants de la population éparse totale vivant dans les maisons isolées. 

En particulier, il ne faut pas oublier que la population agglomérée de l’agglomération, chef-lieu de la commune, qui atteignait environ 500 à 600 habitants de 1850 jusqu’à la Guerre de 1914 faisait office de petite ville, où la population des hameaux voisins se rendait le dimanche pour la grand-messe, pour les commissions ou bien pour jouer aux cartes et boire un coup dans l’un des  quatre bistrots  de la « ville », ainsi qu’en fait une excellente et vivante relation René Gaugiran dans son livret paru en 1988 « Puycelsi hier et aujourd’hui ».

Mais la population agglomérée s’affaiblira ensuite plus vite que la population éparse pour se retrouver à 315 habitants en 1921, ce qui représente seulement 60 % des 509 habitants composant la population éparse. Celle-ci,  sensiblement minoritaire en 1836 et devenue majoritaire 75 ans plus tard, composée surtout par des paysans qui ont bien mieux résisté à l’exode que la population agglomérée composée surtout  de petits artisans et commerçants. Les sabotiers, tonneliers et tourneurs de fuseaux (« fusayres ») ont disparu ainsi que les notaires  et la chapelière, par exemple !

Depuis 1921 à nos jours, le mouvement se confirme : la diminution de la population agglomérée par rapport à la population éparse déjà divisée par 3 en 1921,  sera de moins en moins importante jusqu’en 1960,  année où il n’y a pas  encore de réseau ni de distribution d’eau potable dans la commune de Puycelsi. Situation hautement préjudiciable à la vie des habitants dans un village chef-lieu haut-perché où chaque maison recueille l’eau de son toit dans une citerne munie d’un trop-plein ; village chef- lieu et hameaux alentour de plus en plus désertés, où l’on comptera de plus en plus de maisons à l’abandon ou en ruines… Pour les restaurer, il faudra attendre les achats de nombreuses maisons du village et des hameaux avoisinants aussi bien que des corps de fermes isolées par de nouveaux arrivants à partir des années 1970-80. Parmi ces nouveaux propriétaires, les habitants de huit nationalités des pays du nord de l’Europe seront nombreux à s’installer sur la commune et représenteront 20 à 25 % de la population communale en  l’an 2000. 

Evolution comparée de l’exode des populations des villages

A partir de 1896, les méthodes de recensement utilisées à Puycelsi nous indiquent  le nombre d’habitants pour chacun des trois territoires des sections cadastrales rattachées aux hameaux de Laval, de Lacapelle et de Sainte Catherine, ainsi que pour le seul village de Puycelsi. Nous pouvons ainsi examiner sur l’espace communal l’impact comparé de l’exode rural au cours de la  période la plus noire qui va de 1896 à 1921, incluant la Guerre de 1914-1918.

Notons en effet que pour ces 25 années de catastrophe démographique, la population totale de la commune baisse de 1,93 % par an, presque deux fois plus vite que sur la période  1866-1911  étudiée dans le paragraphe précédent.

Dans le même temps, et comparativement entre elles, la section rattachée au hameau de Lacapelle dont le nombre d’habitants chute de 275 à 167 (soit -1,62% par an) ainsi que celle rattachée au hameau de Sainte-Catherine où la population diminue de 323 à I72 habitants (soit –1,87% par an),  sont moins désastreusement touchées par l’exode que les sections rattachées au hameau de Laval  qui passe de 302 à 129 habitants (soit -2,29%). La comparaison de l’exode rural dans ces trois hameaux nous conduirait à conclure que l’agriculture de la calamiteuse vallée de la Vère où se trouve le hameau de Laval pour laquelle le Conseil municipal réclamait en vain au Préfet du Tarn en 1847, 1849 et 1854 « l’assainissement des terres submergées 3 années sur 5 », était moins riche que celle du plateau de Sainte-Catherine et des coteaux de Lacapelle !

Quant à la population de la section de Puycelsi qui comptait 433 habitants en 1896, elle tombe à 218 en 1921, soit 215 habitants de moins soit une perte de moitié se traduisant, pour ces 25 années où la Belle Epoque précéda la terrible guerre 1914-1918,  une dégringolade démographique de  -2,01 % en moyenne annuelle.

Anecdote significative de ces populations en perte de vitesse  : comme la population communale de  la rive gauche de la Vère est supérieure  à celle de la rive droite où se trouve le chef-lieu, les habitants de Laval demandent en 1905-1906 que « la Maison Commune »  soit installée à Laval !

Le Préfet leur répond en demandant la réalisation d’une carte communale au  1 /20 000ème, ce qui stoppe net leur prétention faute de géomètre nécessaire à cette opération.

Ensuite, à partir de 1921 jusqu’à ce jour,  l’exode de la population communale de Puycelsi – village chef-lieu et hameaux compris – ne va pas s’arrêter en si bon chemin ! Si on y comptait une population totale de 1 594 habitants en 1896, puis  824 habitants en 1921 soit la moitié moins, il n’en restera que 503 en 1962. Au cours de ces 41 ans, le rythme de la diminution de la population communale de Puycelsi se ralentira : – 0,79% par an, comparativement à -1,93% par an qui caractérise l’effondrement démographique de la période 1896-1921. A partir de 1921, la courbe descendante de la population atteindra son minimum de 442 habitants en 1982, pour remonter ensuite à 495 habitants au recensement de l’année 1999 et atteindre 501 habitants en l’an 2000.

Depuis 2001, la diminution de la population communale a repris de nouveau pour ne plus compter que 440 habitants en 2020 tandis que la population de son chef-lieu de commune connaît son plus bas niveau avec 80 habitants permanents.

Ce monde rural, avec une population en voie rapide de vieillissement et un manque criant d’emplois pour les jeunes, est désormais accompagné par la création de Communautés de Communes puis la Communauté d’Agglomération qui prennent en charge la plupart des compétences traditionnelles des Communes rurales en même temps que leur fiscalité.

En conclusion, l’exode rural aura sévi 130 années sur la commune de Puycelsi au cours de la seconde moitié du 19ème et pendant le 20ème siècle. L’année 1846 aura marqué l’apogée démographique de la commune de Puycelsi avec 2 206 habitants  La  légère remontée de la population communale qui se produira uniquement de 1982 avec 442 habitants pour atteindre 501 habitants en 2000 ne sera, hélas !, que passagère pour retomber à 440 habitants en 2020.

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