chapitre 7 : A LA VEILLE DE LA REVOLUTION, LE PROJET DU CANAL DE LA VERE ET L’INFEODATION DE LA FORET DE GRESIGNE À MAILLEBOIS

Première partie : une double spéculation sur la vente des bois de Grésigne et sur leur mode de transport

Autour des années 1750, tandis que Diderot commence à publier l’Encyclopédie qui représente la somme des sciences et techniques de l’époque et que Louis XV s’affaire auprès de ses nombreuses maîtresses, tous ceux qui détiennent des capitaux et que Turgot désignera déjà sous le nom de « capitalistes », n’ont pas encore – loin s’en faut ! – investi tout leur argent dans les Comptoirs de la Compagnie des Indes ou bien dans les colonies du Nouveau Monde que l’on disputait aux Anglais dans la vallée de l’Ohio ou sur les rives du Saint-Laurent au Canada.

Point n’est besoin alors, pour les entrepreneurs avertis de France et de Navarre, de songer à mondialiser les capitaux dormants que leurs détenteurs privés peuvent au demeurant leur prêter volontiers pour certains projets plus rentables sur le territoire national. C’est notamment le secteur des transports et des trafics divers qui donne lieu à de bonnes affaires au cours des années 1750 à 1780, époque représentant l’apogée commerciale  au cours de cette seconde moitié du 18ème siècle.

L’époque des canaux : suprématie des transports par voie d’eau

Dans notre région du sud-ouest, le canal des Deux Mers mis en eau en 1681, un an après la mort de son constructeur Riquet, faisait de Bordeaux et de Sète des ports très actifs ; de Bordeaux en particulier, alors quatrième port français et qui, malgré les difficultés de naviguer sur la Garonne, irriguait de marchandises venant des Antilles tout le bassin de ce fleuve aussi puissant que dangereux et de ses divers affluents, au long duquel les entrepôts recevaient en contrepartie vins et céréales diverses.

Paul Riquet

Mais le libéralisme en vogue qu’illustre la formule « Laissez faire, laissez passer » officialisée par  le « Décret de la Libre Circulation des Grains » lors de l’accession au trône de Louis XVI en 1774, trouvait encore, en particulier pour la vente des bois de Grésigne, un obstacle majeur dans la rareté et le mauvais état des voies de communication indispensables à la desserte en approvisionnements quotidiens d’une population urbaine croissante ainsi qu’à l’augmentation du trafic des marchandises pour une industrie manufacturière en plein développement.

Privés d’accès direct à cette voie d’eau incomparable qu’était le canal des Deux Mers sur laquelle un cheval seul pouvait déplacer plus de poids que ne le faisait le charroi de cent paires de bœufs, le Haut-Albigeois, les Ségala et le Rouergue restaient donc à l’écart de l’essor économique en ce milieu du 18ème siècle.

Cependant, à la différence d’Albi qui ne comptait que 9 000 habitants, les riches marchands de Gaillac où vivaient alors 6 000 habitants, avaient l’avantage, lorsque les eaux du Tarn étaient ni trop insuffisantes en été, ni trop fortes en hiver et au printemps, de faire transporter leurs marchandises jusqu’à la pointe de Moissac où elles pouvaient, par la Garonne, descendre jusqu’à Bordeaux ou bien remonter à Toulouse pour aller jusqu’à Sète.

Ainsi, le transport fluvial sur le Tarn, à partir du Bas-Albigeois desservi par le port de Gaillac, avait permis aux riches marchands de la « ville du Coq » de créer un magasinage rémunérateur, nourri en retour par l’arrivée des marchandises et des produits de toutes sortes en provenance de Sète ou de Bordeaux, tandis que s’y effectuait l’embarcation des céréales et des vins obtenus dans tout le diocèse d’Albi. Depuis Gaillac se faisait ainsi la desserte des deux villes les plus importantes de la région qu’étaient Toulouse (50 000 habitants) et Montauban (28 000 habitants) à la veille de la Révolution, hors de destinations plus lointaines depuis l’océan atlantique et la Méditerranée.

Gaillac avait donc alors une situation privilégiée par rapport à Albi, d’autant plus que, complémentairement au trafic de son port fluvial, la capitale des vins tarnais bénéficiait aussi du carrefour de trois routes royales anciennes :

  • celle venant de Lyon via Le Puy, Rodez, Pont de Cirou, Monestiés vers Gaillac et Toulouse (« lou Cami Roudanés » appelé aussi « lou Cami Toulzo »),
  • celle venant de Clermont-Ferrand par Aurillac,Villefranche-de-Rouergue, Cordes vers Gaillac et Toulouse,
  • celle d’Aix à Montauban par Nîmes, Alban, Villefranche-d’Albigeois, Albi, Gaillac et Salvagnac.

Mais si Gaillac pouvait jouir d’une situation de désenclavement avantageuse à la fin de l’Ancien Régime, les pays et la forêt de Grésigne restaient très isolés…

A une époque où les arsenaux de Toulon et de Bordeaux avaient besoin de bois de marine pour construire la charpente des vaisseaux de la Royale, Gaillac pouvait cependant prétendre, de par sa desserte fluviale, à devenir une tête de pont pour l’exportation des bois de Grésigne. Encore aurait-il fallu qu’il existât en 1750 de bons chemins permettant des charrois, au demeurant longs et coûteux, pour que les attelages puissent livrer les troncs de chênes depuis la forêt de Grésigne jusqu’aux quais du Tarn. Et 50 ans avant la Révolution, ce transport routier n’était pas facile puisque le tronçon de la route constituant le CD 964 actuel ne sera correctement aménagé pour le seul tronçon de Montmiral à Gaillac qu’autour des années pré-révolutionnaires et, plus tard encore autour des années 1840 à 1850, pour le tronçon de cette route reliant Montmiral à Larroque pour rejoindre ensuite la gare de Bruniquel en 1858 seulement avec l’ouverture de la ligne de chemin de fer Montauban-Lexos-Capdenac.    

Devant la carence de voies fonctionnelles pour le transport routier dans cette partie du Haut-Languedoc grésignol, un très actif intendant royal de Haute-Guyenne en poste à Montauban, de Lescalopier, prit l’affaire à contre-pied en rendant l’Aveyron navigable jusqu’à Bruniquel où arrive la petite rivière de Vère. Il suffisait donc d’utiliser la Vère pour en faire un canal afin de descendre les bois de Grésigne jusqu’à l’Aveyron puis, par le Tarn, les transporter jusqu’à Moissac.

Le désenclavement de la forêt de Grésigne et ses enjeux dans le Bas-Albigeois

C’est dans ce contexte régional d’un capitalisme naissant, à partir d’un double spéculation portant à la fois sur les profits à retirer aussi bien des cours du bois dans les villes que  des droits de péage rémunérateurs découlant du transport fluvial de ce précieux matériau, que s’explique l’idée d’un projet du canal de la Vère (1) pour créer de nouveaux débouchés au  bois de Grésigne. Hors des difficultés techniques et financières, nous verrons que, sous l’Ancien Régime finissant, l’un des écueils de ce projet résidait dans le fait que le bois d’une Grésigne située dans le diocèse d’Albi en Haut-Languedoc, allait enrichir l’économie domestique et industrieuse des villes de Guyenne, ce  qui explique l’intérêt porté à ce projet par l’Intendant Lescalopier basé à Montauban.

Vraisemblablement bien informé, c’est le Comte de Maillebois, Lieutenant général des Armées du Roi sous les ordres de son père Maréchal de France avant que d’être nommé lui-même Lieutenant général en Languedoc, qui confia l’aménagement du canal de la Vère à un ingénieur-géographe du nom de Bourroul. Celui-ci en dressa le plan depuis Bruniquel jusqu’au Verdier dès 1748 et envisagea par la suite de le poursuivre jusqu’à Villeneuve-sur-Vère. De sorte que, depuis les portes d’Albi, le canal de la Vère aurait permis par l’Aveyron de rejoindre Montauban, ville à partir de laquelle on aurait pu ensuite naviguer sur le Tarn jusqu’à la pointe de Moissac.

Par le canal de la Vère, l’ambition de Bourroul était donc celle de relier le Haut-Languedoc albigeois au canal royal des Deux Mers construit par Riquet 70 ans auparavant entre 1666 et 1681, ce qui aurait permis ainsi aux bois de Grésigne, sur l’Aveyron puis sur le Tarn de Bruniquel jusqu’à Moissac, d’atteindre la Garonne pour les remonter vers Toulouse à partir duquel on aurait pu les transporter vers le Bas-Languedoc jusqu’à Sète par le canal de Riquet, mais aussi de les descendre vers Bordeaux.

Dans cette affaire complexe qui allait occuper les annales entre 1748 et 1772, se trouvèrent confrontés de façon conflictuelle et divergente ceux qui en furent partisans ou adversaires en Albigeois, faisant miroiter avantages locaux pour les uns ou inconvénients pour les autres, suscitant espoirs ou craintes, jalousies ou convoitises, calculs et  règlements de compte. En particulier,  la vieille rivalité entre Albi et Gaillac ne manquerait pas de s’y exprimer..

Né de la motivation liée à une double spéculation portant sur le bénéfice de la vente de bois de Grésigne aux villes proches et sur les péages qu’aurait procurés son mode de transport jusqu’à Bruniquel, le projet du canal de la Vère allait engendrer de nombreux différends, tant à cause des débouchés commerciaux concurrents entre les Provinces de Guyenne et du Languedoc,  que des intérêts opposés entre les marchands des villes voisines d’Albi et de Gaillac. A ces rivalités, s’ajoutèrent localement les oppositions liées aux contraintes technique de la construction du canal, celles des propriétaires riverains dont les terres étaient concernées, celles des propriétaires des nombreux moulins de la Vère dont l’avenir était compromis en même temps que bien d’autres activités ou ressources procurées par la Vère à la population locale.

On peut dire que la Grésigne et le projet de rendre la Vère navigable afin de valoriser ses bois anticipèrent très largement les batailles que se livrent aujourd’hui villes et régions voisines à l’égard du passage et de la desserte des autoroutes ou des voies ferrées adaptées aux Trains à Grande Vitesse !

Divers projets ayant trait à la basse vallée de la Vère feront par la suite l’objet de nombreuses difficultés. L’avortement de la canalisation de la Vère allait précéder l’échec qu’allait subir, cent ans plus tard, autour des années 1847 à 1849, le premier projet de redressement de la Vère établi par une « Association Syndicale de Propriétaires »(2). Le tracé du tronçon de route reliant Puycelsi à Bruniquel  dans la vallée de la Vère fut longtemps contesté au cours des années 1840-1850 au profit de la route Puycelsi-Monclar-Montauban et ne fut réalisé que pour rejoindre la gare de Bruniquel à partir de 1858.  Quant au désenclavement des villages  de la  basse vallée de la Vère,  il se traduisit, après le projet du canal avant la Révolution, par l’échec du projet de construction d’une ligne de chemin de fer qui devait relier les gares de Bruniquel et de Cahuzac-sur-Vère envenimant les chroniques locales entre 1883 et 1926 (3).

Le lit de la Vère et ses nombreux méandres dans une vallée peu cultivée et soumise aux inondations ont ainsi longtemps posé problème aux générations successives de ses riverains, jusqu’à son redressement récent, souvent contesté, effectué de 1970 à 1980 lors d’un remembrement du parcellaire agricole des communes riveraines adhérant à un « Syndicat Intercommunal à Vocations Multiples » (SIVOM du Canton de Castelnau-de-Montmiral) (4).. Le CD 964 de Gaillac à Caussade empruntant la vallée de la Vère sera longtemps oublié au profit du CD 999 Gaillac-Montauban passant par la Vallée du Tescou et ne deviendra une excellente voie routière qu’après de nombreux aménagements entre 1980 à 1990 consécutifs à la réalisation de l’autoroute A20 que tous les Tarnais peuvent rejoindre à Caussade.

Quant aux enjeux déjà réveillés et attisés sous le règne de Louis XV, le projet du canal sur la Vère, projet pertinent au plan géographique quoique modeste dans sa longueur mais difficile à réaliser, allait entraîner, à titre de compensation demandée par les Albigeois, la mise à l’étude de la navigabilité d’un « canal latéral au Tarn entre Albi et Gaillac ». Celui-ci, comme celui de la Vère, ne sera aussi jamais réalisé (5). La concurrence établie entre les deux projets fut cause de leur commun échec faute de moyens financiers. En particulier, des travaux importants et onéreux, comprenant la création de divers bassins de retenue de part et autre de la vallée de la Vère, étaient nécessaires pour alimenter un canal dont le bon fonctionnement aurait exigé la construction de 11 écluses ainsi que les concevra, en vain, son concepteur Bourroul.  

Cet échec commun des deux voies d’eau, alors prévues dans les vallées du Tarn et de la Vère, fera qu’Albi restera enclavé au cours de la première moitié du 18ème siècle, puisque privée par ailleurs de bonnes voies de communication routières. Les ponts de Marssac et de Saint-Sulpice pour rejoindre Toulouse (RN 88) ne seront construits que plus tard en 1849. Quant au canal de la vallée de la Vère, son échec annulera pour le « Seigneur-Evèque du Diocèse d’Albi » et ceux des esprits éclairés qui participaient aux Petits Etats Albigeois, les avantages qui, à cette époque,  pouvaient être apportés par la voie d’eau la plus courte pour atteindre le canal des Deux Mers.

Au lieu de mauvais chemins entraînant des charrois peu rapides, plus onéreux et plus difficiles, le canal de la Vère, de Villeneuve à Bruniquel, et le canal du Tarn, « depuis Albi jusques à Gaillac », auraient alors permis aux 70 marchands tenant le commerce à Albi de constituer à leur profit le magasinage de toutes les denrées destinées aux Ségalas et Haut-Albigeois, ou en provenant. Une part de marché changeait de main et s’ouvrait aux marchands d’Albi grâce à ces deux nouvelles voies d’eau projetées, en lieu et place d’une grosse partie du bassin de chalandise réservé aux marchands de Gaillac qui en assuraient seuls la desserte jusque-là, grâce à  leur port et à leurs entrepôts de stockage desservis par le Tarn  peu ou prou navigable depuis le Moyen Age (6).    

On s’en doute, la double spéculation sur la vente des bois de Grésigne et leur transport par le canal de la Vère, ainsi que les revenus créés par les droits de péage qu’il était prévu d’y prélever sur les autres marchandises circulant entre Haut-Languedoc, Rouergue, Quercy et pays de Garonne, avaient de quoi faire fantasmer tous les partisans des « nouveaux économistes » de ces années 1750-1770, pour relier des régions et des villes qui étaient restées plus ou moins isolées, victimes d’un enclavement les obligeant à une économie en circuit fermé.

Deuxième partie : abandon passager et reprise du projet du canal avec l’inféodation de la Grésigne au Comte de Maillebois

Vingt-cinq ans d’une histoire mouvementée de 1748 à 1784 autour d’un projet conflictuel

Comme nous allons le voir, le projet de construction du canal de la Vère, long d’une vingtaine de kilomètres depuis le Moulin du Cordurier situé  au confluent des cours d’eau de la Vervère et de la Vère, depuis la commune du Verdier jusqu’à Bruniquel où la Vère se jette dans l’Aveyron, fut un véritable serpent de mer. Outre les difficultés financières, les controverses techniques mettant en cause sa réalisation servirent d’arguments pour entretenir divers conflits entre ses partisans et ses adversaires.

L’idée de rendre la Vère navigable découlait en fait des pressions exercées par l’Escalopier, Intendant de la Généralité de Montauban. Suite à l’Arrêt du Conseil d’Etat en date du 28 mars 1747, il avait été obtenu l’établissement de « cinq passelis »(7) rendant l’Aveyron navigable entre  Bruniquel et Nègrepelisse. Le lancement du projet du canal de la Vère fut ensuite approuvé en 1748 par « les Etats du Languedoc »,  puis en principe peu après, adopté par « l’Assemblée Générale du Diocèse d’Albi et les Etats du Languedoc » qui y adjoignirent leur volonté de voir se réaliser en même temps le canal du Tarn. Et ce, malgré la cabale que déclenchèrent immédiatement le Maire et les Consuls de Gaillac contre le canal de la Vère. Ce qui n’empêcha pas le Conseil d’Etat du Roi Louis XV, en dernier lieu et après quatre années de controverses, d’autoriser Bourroul et ses associés à construire les canaux de la Vère et du Tarn par Lettres Patentes du 14 octobre 1752.

Au demeurant, ce canal était un ouvrage cher. En 1754, en conformité avec les plans du canal établis par Bourroul, « le coût de construction était estimé à 1 323 317 livres  », somme qu’il fallait compléter par « un capital de 2 015 332 livres rémunéré à 5% pour en payer les frais d’entretien (8) ». L’ingénieur géographe Bourroul, qui était au service du Comte de Maillebois, ne put jamais réunir tous ces capitaux.

Par ailleurs, de nombreux malentendus, dont nous rendons compte en annexe, étaient apparus au vu d’une contre-expertise du sieur Pollard sur le débit insuffisant de la Vère. D’autres adversaires du projet déclarèrent inacceptables l’exigence de la Compagnie de Bourroul et de ses associés visant à leur garantir une exploitation accélérée des coupes en Grésigne « jusqu’à 250 arpents par an » (soit 125 hectares) pour assurer dans l’immédiat le plus haut revenu qu’il se pourrait à partir des péages prélevés pour le transport des bois sur le canal. Il y allait, selon de nombreux opposants  locaux, de la rapide disparition de la forêt de Grésigne et, plus encore, de la suppression des droits d’usage des populations alentour.

Ce fut cette exigence de l’accroissement des coupes en Grésigne qui conduisit l’administration de la Maîtrise des Eaux-et-Forêts de Villemur à publier son rapport daté de 1754.  Ce rapport, que nous présentons plus loin en annexe, détaillait la valeur des divers bois de Grésigne et justifiait la nécessité du canal de la Vère par les prix élevés qu’atteignaient ces bois une fois rendus à Montauban.

Cependant, malgré l‘excellence des profits que s’exercèrent à démontrer les officiers des Eaux-et-Forêts de Villemur, les souscriptions financières s’avérèrent encore insuffisantes en 1755. Suite à la disgrâce passagère en 1757 du Comte de Maillebois à qui on imputa alors des échecs militaires dans les campagnes de Louis XV en Prusse, la réalisation du canal de la Vère fut abandonnée…passagèrement !

Le recours à l’inféodation de la forêt de Grésigne par le Comte de Maillebois en 1770 avec la relance du projet du canal de la Vère

Tel un phénix renaissant de ses cendres, le projet du creusement du canal de la Vère, avec celui du canal latéral au Tarn, furent relancés sur la base d’un engagement pris par le Comte de Maillebois  après son retour en grâces. « L’inféodation de la  Forêt de la Grésigne » qui lui  fut accordée à perpétuité  par « lettres patentes du Conseil du Roi Louis XV en date du 26 août 1770 » avait pour condition la réalisation des canaux de la Vère et du du Tarn joignant Albi à Gaillac.  

Cette privatisation de la Grésigne consentie par le Roi Louis XV à l’un de ses protégés avec lequel il s’était réconcilié, allait à l’encontre des droits d’usage des populations des communautés limitrophes de la forêt, aussi bien que des intérêts des exploitants forestiers locaux producteurs de  merrain et de charbon de bois à partir des coupes qui leur étaient adjugées .

Cet engagement de réaliser un canal sur la Vère ne fut peut-être qu’un stratagème pour Maillebois qui en avait mesuré quelques années auparavant toutes les difficultés, les oppositions diverses et plus encore l’échec pour réunir l’argent nécessaire. De fait, nous verrons que ce fut l’amélioration de la route de Montmiral à Gaillac (actuel CD 964) qui remplaça dès 1772 le projet des deux canaux de la Vère et du Tarn, lesquels furent abandonné définitivement. En effet, ce fut cette dernière route que Maillebois prolongea depuis Castelnau-de-Montmiral jusqu’à Bruniquel (actuel CD n°87) pour transporter les bois de Grésigne jusqu’à l’Aveyron afin de les exporter par flottage. Hélas ! Le Comte de Maillebois allait se voir ruiné à la suite de ces travaux routiers qu’il fit faire en Grésigne pour établir cette route qui traverse la forêt en passant par la Grande Baraque (construite à cette occasion) pour atteindre ensuite le Pas de la Lignée (Font Bonne) en direction de Bruniquel ou de Penne.

La Grande Baraque

La ruine de Maillebois conduisit alors le Roi à reprendre la possession de sa forêt qui avait été fort imprudemment et définitivement « inféodée à perpétuité » à un Comte aussi prompt à la dépense avec l’argent de ses actionnaires qu’il était par ailleurs aventurier et intrigant !

L’arrêt du Conseil d’Etat du 28 octobre 1779 annula l’inféodation de la Grésigne comme « étant contraire aux Lois du Royaume interdisant l’aliénation des forêts du Domaine Royal » mais accorda cependant, de façon passagère, « la concession de la forêt au Comte de Maillebois pour 30 ans à partir du premier janvier 1780 », de façon à ce que ledit Comte puisse rembourser ses dettes à ses divers créanciers et au Trésor Royal.

Une fois de plus, cette concession tourna court et l’affaire se termina en quenouille puisque Maillebois s’exila en Hollande après que les commissaires, désignés par l’arrêt du Conseil d’Etat en date du 22 mars 1784, fixent l’état des dettes « à la somme de 1 215 397 livres », somme globale où figuraient en première ligne les « 392 000 livres avancées par le Roi à la Régie créée dès 1772 par Maillebois pour avoir le monopole de l‘exploitation et de la vente des bois en Grésigne ».

L’exportation des bois de la forêt de Grésigne : enjeu réel d’une voie d’eau de désenclavement ou spéculation illusoire d’un aventurier peu honnête ?

Ainsi, autour des nombreux intérêts en présence, publics ou privés, et après que Froidour et l’administration de Colbert aient plus ou moins mis un terme, presque un siècle auparavant, aux usages licencieux des pauvres gens et des manants habitant les communautés limitrophes, la forêt de Grésigne représenta de 1748 à 1784 un enjeu financier important. L’exportation de ses bois par voie d’eau polarisa beaucoup d’énergies si l’on en juge par le volume des documents s’y rapportant. Archives d’autant plus précieuses qu’elles contiennent nombre de renseignements précis sur la Grésigne ainsi que la façon dont la forêt était perçue à la veille de la Révolution, à une époque où l’usage du bois de la Grésigne était très important.

Projeter la canalisation de la Vère, c’était favoriser l’économie de villes et de régions voisines, au détriment du port de Gaillac sur le Tarn qui voulait garder la haute main sur la Grésigne. C’était aussi mettre en concurrence des chevaliers d’industrie tels le Comte de Maillebois et la famille de Solages, en favorisant l’exportation du bois pour l’un au détriment de celle du « charbon de terre » pour l’autre,  sans tenir compte de divers autres intérêts locaux opposés à l’inféodation de la Grésigne. Malgré l’enthousiasme des officiers de la Maîtrise des Eaux-et-Forêts de Villemur pour le canal projeté sur la Vère et malgré les décisions favorables du Conseil du Roi où cette affaire fut examinée à plusieurs reprises sur une période de 18 années, l’aboutissement de cette folle et double spéculation reposant sur le canal de la Vère fut un échec même s’il reste une belle route pour traverser la Grésigne et la Grande Baraque. Quels qu’aient pu être les avatars de nature politique et les controverses techniques du projet de navigabilité de la Vère,  les intérêts des uns et des autres se manifestèrent de façon souvent ambigüe et même perverse, débouchant sur des malentendus et des différends dus aux motivations opposées des diverses parties concernées qui agirent davantage en protagonistes rivaux qu’en partenaires solidaires.

L’inféodation de la Grésigne a constitué ainsi, pendant plus d’un quart de siècle avant la Révolution, le ressort principal ainsi que les tenant et aboutissant du projet du canal de la Vère. Dans le contexte d’une époque de notre histoire où  les  difficultés  des transports étaient un lourd handicap à surmonter, on envisageait de rendre le Tarn navigable jusqu’à Millau, de même que l’on avait examiné la possibilité de rendre aussi l’Aveyron navigable jusqu’à Saint-Antonin (on croit rêver !). Ces projets de canaux témoignent déjà, en cette fin du Siècle des Lumières, d’un aménagement du territoire, préoccupation louable d’un capitalisme encore balbutiant qui s’enlisa dans les arcanes chicanières des acteurs en présence.   

La Maison du Garde à Haute-Serre

Les documents que les Archives départementales du Tarn ont conservés comprennent en particulier trois imprimés originaux (9) de très intéressants Mémoires dont le premier, daté de 1748, concerne le rapport du sieur Bourroul. Ces textes méritent d’être présentés dans leur détail car ils montrent bien l’évolution de l’affaire larvée du canal de la Vère, dont le projet fut porté à la demande du Roi devant les Etats du Languedoc dès 1747. Cette dernière et prestigieuse institution qui se  réunissait près de Montpellier au château de Castries à partir de 1737 pour administrer la Province du Languedoc en soumit ensuite les plans aux instances du Diocèse d’Albi. Et c’est après le développement de quatre années de tergiversations et de cabales que le Roi Louis XV accordait effectivement l’autorisation  de réaliser le canal de la Vère par « Lettres Patentes du 14 octobre 1752 ».

Cette dernière décision du Conseil du Roi qui devait aboutir quelque 25 années plus tard à l’abandon de la réalisation du canal de la Vère et à la suppression de l‘inféodation de la Grésigne, donna lieu, d’une part aux trois mémoires très détaillés élaborés par Bourroul, d’autre part à un très riche document établi en 1754 par les Eaux-et-Forêts sur la description de la Grésigne et l’exploitation de ses bois avant la Révolution. La richesse de ces textes datant de trois siècles, détenus par les Archives départementales du Tarn et du Lot, méritent que nous les reprenions ci-après en annexes pour mieux saisir le contexte dans lequel se sont déroulés « le projet de  la canalisation de la Vère et l’inféodation de la Grésigne ».

Troisième partie : l’inféodation de la forêt de Grésigne et l’échec de Maillebois

Avec l’Arrêt du Conseil d’Etat tenu à Compiègne le 26 août 1770 et avec les Lettres Patentes signées le même jour et confirmées par le Parlement de Toulouse le 12 septembre 1770, le Roi Louis XV accordait la forêt de Grésigne au Comte de Maillebois « à titre d’inféodation et de propriété incommutable à perpétuité avec toute justice haute, moyenne et basse et faculté de nommer les juges nécessaires pour l’exercer – après 4 années de controversesà charge pour ledit Comte, ses Hoirs, Successeurs et ayant-cause, d’exécuter dans cinq années le canal de la Vère, et exécuter pareillement un autre canal sur la Rivière du Tarn dans les huit années où le Roi fera connaître ses intentions ».

Notons que, pour la construction et le péage de ces deux canaux de la Vère et du Tarn « le privilège a été accordé sous le nom de Bourroul » par lettres patentes de 1752, ce que le Conseil d’État  transformait en une obligation en soulignant qu’il incombait  « audit Comte, ses hoirs, successeurs et ayant cause » de réaliser le canal de la Vère et celui du Tarn dans un délai respectif de 5 et 8 ans.

Les Lettres Patentes du 26 août 1770 stipulaient aussi d’autres conditions, grevant ou limitant le droit d’inféodation pour le Comte de Maillebois qui s’engageait à les respecter,  en particulier « à conserver 2 000 arpents de ladite Forêt, en futaie dans les endroits qui seront désignés par le Grand Maître des Eaux-et-Forêts et reconnus les plus propres à cette production » pour les bois de marine surtout, bois pour lesquels le Roi se réservait la maîtrise de diviser et de régler les coupes à l’avenir, « de ne pouvoir couper plus de 250 arpents par an », « de déposer dans le délai d’un an au Trésor Royal une caution de 400 000 livres», « de payer au Domaine de sa Majesté une redevance annuelle, perpétuelle et féodale de onze cents setiers du plus beau bled-froment » de 1770 à 1774, « et ensuite, à perpétuité, deux mille cent setiers de pareil bled, laquelle rente sera payable en argent sur le pied de 18 livres le setier pendant 40 années »,  pour lesquelles serait établi un nouveau prix du setier, fixé « selon l’estimation qui en sera faite sur les mercuriales des dix dernières années… et sans que ce prix puisse être inférieur à 18 livres le setier ».         

Par ailleurs, les intérêts du Roi étaient garantis sur la base « d’une maîtrise des coupes préservant sur 2 000 arpents (le cinquième de la surface forestière) le maintien de la futaie dans les plus beaux tènements de Grésigne ». Les caisses du Trésor Royal bénéficiaient d’autre part d’une location annuelle non négligeable de la Grésigne représentant une valeur de 2 100 setiers de blé qui correspondait à l’époque à la production céréalière d’un millier d’arpents de terres labourables. Selon nos calculs prenant en compte la garantie de  « 18 livres le sétier de blé » et la vente des coupes établi à « 132 livres par arpent » par le rapport des Eaux et-Forêts en 1754. Le Roi se réservait ainsi l’équivalent des revenus du tiers des 10 233 arpents que couvrait la Grésigne, proportion semblable à celle des baux de métayage alors en vigueur à mi-fruit qui consacrait la moitié des récoltes au bailleur, l’autre moitié étant accordée au preneur.

La Grande Baraque au bout de l'allée cavalière
La Grande Baraque au bout de l’allée cavalière

Le Comte de Maillebois et ses entrepreneurs associés, Bourroul et Compagnie, avaient donc dû consentir à payer le prix fort pour obtenir l’autorisation d’exécuter ces deux canaux, puis de bénéficier du privilège d’y lever les péages. Le canal de la Vère était prioritaire par rapport à celui du Tarn pour la bonne raison que la Vère était considérée à cette époque comme la meilleure voie de désenclavement du Haut-Albigeois vers Moissac et le canal des Deux Mers, mais aussi parce que les bois des coupes de Grésigne, concédées à perpétuité au Comte de Maillebois, renforçaient pour ce dernier la rentabilité de sa double spéculation, sur les bénéfices importants de la vente du bois d’un part, sur les péages du transport de ce même bois et autres marchandises d’autre part.

Hélas! Au cours des années 1770 à 1775, des évènements contraires allaient très vite enterrer définitivement le projet de la navigation de la Vère et du Tarn. Privé des péages escomptés, Maillebois se vit ruiné à la fin de la décennie 1770-1780.

Le serpent de mer que constitue le projet du canal de la Vère se terminera en queue de poisson. Il est vrai qu’entretemps la construction des routes commencera et deviendra prioritaire. Ces routes deviendront rapidement concurrentielles par rapport aux  canaux fluviaux ou inter-fluviaux.

Les premières difficultés rencontrées par Maillebois : un aventurier et un affairiste sans scrupules

Né  le 4 août 1715, fils d’un Maréchal de France, marié à Marie-Madeleine d’Argenson en 1745, le Comte Yves-Marie Desmaretz de Maillebois (10) était Colonel dès 1734, avant de devenir Lieutenant général des Armées en 1748 puis Lieutenant général en Languedoc en 1755. Disgracié et emprisonné en 1768, exilé ensuite jusqu’en 1763, année où il réapparaît à la cour de Louis XV, l’inféodation de  Grésigne obtenue en 1770 le conduira à venir habiter le château de Bruniquel en 1772 avant de passer au service de la Hollande en 1784 et de mourir en pays étranger en décembre 1791. Un parcours d’aventurier pour un fils né de haute lignée !

Yves-Marie de Maillebois

Ces quelques renseignements biographiques  nous permettent de comprendre le profil d’un homme dont la carrière militaire et administrative explique la stratégie dans le monde des affaires à la veille de la Révolution mais qui cependant achèvera sa vie ruiné et exilé. Ils nous éclairent aussi sur la liaison que cet officier supérieur des armées de Louis XV pouvait avoir avec ce talentueux géographe du Roi qui avait titre d’Ingénieur dans les premières unités du Génie dont se dotent les mêmes armées royales avant la Révolution. 

Dès 1770, Maillebois fait venir également dans le pays, comme agent général chargé d’organiser l’exploitation de la Grésigne, un certain Louis-Denis Juin qui deviendra lui-même Maire de Puicelcy en 1794 et 1795 sous la Terreur,  bien avant que parmi ses descendants ne figure un autre Maire de Puicelcy sous la Restauration de 1815 à 1832. Joseph Denis Juin, celui qui lancera la commune de Puicelcy dans un  procès interminable contre l’Etat, réclamant à l’administration forestière le maintien des droits et privilèges de la population de cette commune en Grésigne, sinon leur indemnisation. Etonnants recoupements de l’histoire de Grésigne et de Puicelcy !

Mais revenons en 1770 où il s’agit d’abord, pour Maillebois et Juin, de passer à l’exploitation plus intensive et plus rationnelle d’une forêt jusque-là enclavée, sans chemins de desserte, et qui ne rapportait que 10 000 à 14 000 Livres pour des coupes annelles atteignant 80 arpents, comme nous l’avons déjà signalé. Ils ne lésineront pas sur les moyens, et en même temps que l’on construira la Grande Baraque au centre de la forêt selon les plans établis par Juin, on utilisera la main-d’œuvre efficace d’une colonie de bûcherons « venue du fonds des Vosges »(11) pour s’installer en Grésigne.

Or, paradoxalement, si ce fut en premier lieu la navigabilité de l’Aveyron, réalisée avec  des passelis mis en place entre Bruniquel et Nègrepelisse par autorisation de lettres patentes du Roi en date du 28 mars 1747, qui avait motivé le projet de canalisation de la Vère, ce mode de navigabilité le compromettra et sera ainsi la cause essentielle de son abandon définitif, laissant place au simple flottage des bois.

En effet, à la suite des fortes crues de 1756, ces passelis construits en bois furent endommagés ou emportés et les propriétaires des moulins de l’Aveyron et des chaussées où se trouvaient ces ouvrages,  étaient aussi gênants que peu fiables. Malgré leur engagement de respecter la navigation, les propriétaires des moulins s’empressèrent de supprimer ces passelis en  reconstruisant leurs chaussées. Ce qui conduisit le Comte de Maillebois à exiger le rétablissement de ces ouvrages plus économes en eau et moins onéreux que les écluses, rétablissement qu’il obtint par arrêt du Conseil d’Etat du 13 octobre 1771, sans pour autant pouvoir arriver à leur reconstruction effective. En effet, un certain « Monsieur de Malartic, seigneur et propriétaire du moulin de Montricoux », s’opposa à cette décision du Conseil d’Etat devant le Parlement de Toulouse, prétendant que les frais de réparations des passelis étaient du ressort de l’État (?), faisant traîner ainsi en longueur une affaire dont ledit seigneur ne fut débouté que le 22 juin 1775, trois ans après que d’autres solutions  envisagées par le Comte de Maillebois aient rendu déjà caduc le projet du canal de la Vère.

L’abandon du canal de la Vère au profit de la décision de la construction de la route Gaillac-Castelnau-de-Montmiral-Bruniquel dès 1772

En effet, devant toutes les entraves et tous les démêlés qui s’étaient accumulés contre le projet de Bourroul depuis 1748 pour s’opposer à la réalisation de la navigation sur la Vère, le Comte de Maillebois changea de stratégie. Dès 1771, voyant la reconstruction des passelis compromise sur l’Aveyron, il commença à négocier la mise en œuvre de travaux routiers pour que les bois de Grésigne puissent cependant être rendus flottables à partir de Penne ou de Bruniquel sur l’Aveyron et à partir de Gaillac sur le Tarn. Ces options de faire flotter les bois de Grésigne vers Gaillac sur le Tarn et Bruniquel sur l’Aveyron rendaient déjà caduc le projet du canal de la Vère.

Le 25 mai 1772, le conseil de direction du diocèse d’Albi  donnait le coup de grâce au projet du canal de la Vère en acceptant que le Comte de Maillebois « se décharge du canal de la Vère », étant donné « son offre d’ouvrir une nouvelle route de deux lieues depuis la Vère vis-à-vis Montmiral traversant la Forêt jusqu’à la Saigne qui est à trois-quarts de lieue de Saint-Antonin, à condition que le Diocèse fera la route de l’embranchement de Gaillac à Cordes jusqu’au point où celle de Monsieur le Comte de Maillebois ira aboutir ».

La même délibération (12) insistait sur l’intérêt de cette nouvelle route qui, traversant la forêt de la Grésigne depuis le pont de la Lèbre jusqu’à Saint-Paul de Mamiac, permettrait en fait la jonction de Gaillac à Bruniquel en passant par Montmiral, étant donné  « que le nouveau chemin que Monsieur le Comte de Maillebois offre de construire et d’entretenir à ses dépens, depuis la forêt jusqu’à la Vère près Montmiral et vers Gaillac, compense avantageusement l’utilité du Canal pour l’exportation …», prétextant déjà, deux ans seulement après la concession faite à Maillebois que « Vu la délibération des Etats  qui a reconnu que la navigation sur la Vère était trop exclusivement utile aux villes de Montauban et de Bordeaux et trop peu avantageuse à la Province du Languedoc », …« l’on ne peut se dissimuler que la facilité de circulation intérieure dans la Province d’une denrée qui devient plus rare et plus précieuse du fait des nouveaux défrichements de la Grésigne, ne lui soit plus utile que ne le serait son exportation par le Canal de la Vère sur lequel la navigation ne commencerait qu’à une extrémité de la Province ».

Cette délibération du conseil de direction du Diocèse d’Albi reprend en 1772 les arguments développés lors des premières disputes qui eurent lieu à l’occasion de la présentation initiale du projet par Bourroul en 1750, 22 années plus tôt, en exprimant la crainte de manquer de bois suite aux exportations de ce précieux matériau vers la Guyenne montalbanaise ou bordelaise au détriment du Languedoc albigeois et toulousain, bois provenant des importants défrichements entrepris par Maillebois en Grésigne dès le début de l’inféodation qui lui avait été accordée.

Dès lors, ce sera cependant à partir des deux extrémités opposées de part et d’autre de Grésigne, que les bois pourront être dirigés par route soit vers Gaillac, soit vers Montauban par Bruniquel. Mais la tourmente révolutionnaire grondait déjà pour annoncer des changements autrement importants que ceux d’une forêt enclavée et isolée à la limite des  deux Provinces du Languedoc et de la Guyenne. Il faudra donc attendre le Premier Empire pour que ces chemins deviennent des routes carrossables (13). Que ce soit par voie de terre ou par voie de flottaison, ce n’était là qu’un pis-aller qui privait à jamais Maillebois et ses associés des péages espérés par ailleurs.

La ruine du Comte de Maillebois et le retour de la forêt de Grésigne dans le domaine royal en 1779

Ce changement de stratégie, obtenu par Maillebois sinon imposé à ce dernier avec l’aide des Petits Etats Albigeois auprès des Etats de la Province du Languedoc, allait entraîner des difficultés financières dans un imbroglio tel que criblé de dettes vis-à-vis du Trésor Royal et des propres créanciers de la Régie qu’il avait créée pour l’exploitation des coupes, Maillebois proposa au Roi en octobre 1775 de lui rétrocéder la Grésigne, moyennant la coquette récupération de « 1 400 000 livres pour ses créanciers, de 400 000 livres pour ses débours personnels et d’une pension de 20 000 livres sur sa tête et celle de son épouse ».

Ces conditions furent acceptées par l’Arrêt du 6 novembre 1775, sous réserve de la rétrocession de la forêt dont Maillebois conservait cependant la jouissance, et dans l’attente de la vérification des travaux qu’il devait réaliser en Grésigne pour l’ouverture de chemins et de divers ouvrages ainsi que sous réserve de l’expertise de l’état des lieux où il laisserait la forêt. Les experts tardèrent à se prononcer mais, coup sur coup, furent publiés deux Arrêts qui aboutirent, malgré l’autorisation de défrichements très importants consentis par le premier Arrêt, à consacrer la ruine du Comte de Maillebois.    

Le premier Arrêt, édicté le 28 octobre 1779 (14) supprima l’inféodation de la Grésigne comme contraire aux lois du Royaume, laissant à titre d’indemnisation la jouissance de la forêt au Comte de Maillebois pour une durée de 30 ans à compter du premier janvier 1780, en autorisant ce dernier, d’une part « à défricher 2 500 arpents, selon le conseil des experts » (dont était Denis Juin) et ce, dans des cantons désignés au pourtour de la forêt où s’exerçait une énorme pression des communautés riveraines pour agrandir leurs terres productives, ainsi que nous le verrons plus loin, d’autre part «  à faire des coupes de 10 arpents âgés de 100 ans et 100 arpents âgés de 40 ans ».

Le second Arrêt, édicté le 28 février 1782 (après que Maillebois se vit obligé de modifier par décision du 13 septembre 1781 l’emplacement de divers cantons à défricher mais en étant autorisé, par contre, « à couper toute la Grésigne en 25 ans sauf à y laisser 750 arpents de haute futaie ») cassa tous les Arrêts précédents. Ce qui mit un terme à l’entreprise tenace et aventureuse du Comte de Maillebois lequel, ayant perdu tout crédit, dut renoncer à toute reprise de ses travaux et spéculations en Grésigne, non sans avoir intercédé auprès de Etats Albigeois en 1783 et 1784 (15) pour les continuer, et non sans laisser des dettes s’élevant à la coquette somme de « 1 215 397 livres dont 392 000 livres avaient été avancées par le Roi ».

L’importance des défrichements en forêt de Grésigne effectués par Maillebois

Ayant mentionné au cours de notre étude sur l’histoire de Puicelcy-en-Albigeois la question des défrichements entre les années 1760 et 1788 sur les zones de « bouigues et de garrigues » situées  dans les causses de cette communauté pour faire face aux besoins alimentaires d’une population grésignole en très forte croissance au 18ème siècle (16), nous avons recherché l’importance que les défrichements effectués en Grésigne entre 1775 et 1782 purent avoir au plan local en vue d’obtenir des surfaces cultivées plus importantes  pour mieux nourrir la population.

En date du 18 août 1782 (17), année qui voit s’achever la concession faite à Maillebois en Grésigne, une délibération consulaire de Puicelcy reste le témoignage de l’intérêt vital que représente à la fin de l’Ancien Régime ces défrichements pour les représentants d’une population sous-alimentée, face à un espace forestier non seulement convoité pour ses privilèges en bois de chauffage et de construction, ses droits de glandage ou de paissance des animaux, mais aussi pour y pratiquer des cultures vivrières.

Montolieu en hiver

Dans sa déclaration qui annonce déjà le bourgeois patriote éclairé, défenseur des principes révolutionnaires qui siègera parmi les Députés du Tarn à l’Assemblée Législative en 1792 et qui présidera la Société Populaire de Puicelcy en 1793 et 1794 pour dénoncer les menées contre-révolutionnaires locales, Antoine Larroque de Labécède déclare à ses collègues Consuls et conseillers politiques dans la Maison commune de Puicelcy  :

« Après avoir longtemps gémi sur la privation d’un terroir destiné par la nature à nous fournir des aliments, un rayon d’espérance a réjoui nos cœurs. Monsieur le Comte de Maillebois inféoda cette forêt en 1770 et par suite des opérations de ce génie bienfaisant, nous avons vu défricher et mettre en culture une partie de son terroir. Nos habitants encouragés se sont livrés à cette nouvelle branche d’agriculture, une colonie appelée du fond des Vosges est venue habiter ce terroir fertile, des bâtiments s’y élèvent de toutes parts, un produit immense a couronné les travaux de ces colons et a redoublé leur émulation. L’abondance des denrées provenant de ces terroirs nous rassure contre la disette que nous éprouvions annuellement. Nous nous flattions, Messieurs, de voir disparaître à jamais la langueur qui enchaînait tous les bras, de voir ce canton vivifié par le travail et le commerce reprendre son ancien état. Déjà nous gouttions les prémices de la tranquillité et de l’aisance publique, lorsqu’un changement imprévu a fait éclipser nos douces espérances. Un ordre dit ou émané du Gouvernement arrête les progrès de ces défrichements commencés, et fait craindre de les voir replanter en bois. La consternation est générale que répand cette nouvelle nous fait mieux sentir que nos propres lumières et combien le public attache son bonheur à l’existence de ces défrichements. Il ne nous appartient pas, Messieurs, de pénétrer les vues du Ministère et nous devons un respect infini et une obéissance absolue à tout ce qu’il prescrit. Mais où l’on va se prononcer pour toujours sur cet objet important, ne pourrions-nous pas en cela répondre au vœu du peuple en faisant parvenir au gouvernement nos humbles représentations ?

Point de doutes, Messieurs ! L’instant est décisif : ou la suppression des défrichements va nous replonger dans l’inertie ou leur maintien va nous assurer une heureuse existence ! Nous devons donc espérer avec confiance que les défrichements de Grésigne seront maintenus et continués à un certain point, si nous pouvons faire observer au Gouvernement qu’ils seront également avantageux au Roi et au peuple de ce canton ».    

En s’appuyant sur l’intérêt que représentaient ces défrichements en bordure de la Grésigne pour les populations périphériques, Maillebois demanda aide et protection aux Etats albigeois (18), afin de requérir auprès du Roi l’autorisation de les poursuivre au cours des années 1783 et 1784. Ce qu’il ne put obtenir. Et ces défrichements s’arrêtèrent comme le craignaient déjà les Consuls de Puicelcy dans leur délibération du 18 août 1782.

La réclamation des privilèges et des droits d’usage en forêt de Grésigne après le départ de Maillebois et avant la Révolution

Avec le retour de la forêt de Grésigne dans le domaine royal, les communautés grésignoles vont de nouveau subir les pressions exercées par l’administration forestière en vue de réduire, sinon de supprimer, les privilèges et droits d’usage en Grésigne ou, tout au moins, ceux qui leur restaient acquis et qu’avait bien voulu leur laisser Froidour lors de la Réformation de 1666. Droits et privilèges que Maillebois s’était engagé à respecter, ainsi qu’il avait été stipulé dans les Lettres Patentes du 26 août 1770, entérinées par le Parlement de Toulouse le 12 septembre suivant, précisant bien que « le Comte de Maillebois, ses hoirs,  successeurs et ayant-cause ont à charge de laisser jouir les Communautés et particuliers des Droits qui peuvent leur appartenir dans ladite Forêt ».

Non seulement donc la fin des travaux dirigés par Maillebois mettait un terme en 1782 aux défrichements entrepris par les colonies de bûcherons vosgiens qui avaient rayé de Grésigne tout ou partie des 2 500 arpents que l’arrêt du Conseil  d’Etat en date du 28 octobre 1779 avait autorisés, mais la suppression de l’inféodation de la forêt annonce le retour des pratiques autoritaires de l’administration forestière qui s’est toujours plus ou moins opposé, depuis l’acquisition de la Grésigne par le Roi au 13ème siècle, à l’exercice des privilèges et droits d’usage détenus par les manants des communautés périphériques à la forêt.

Telle est la signification que l’on peut retirer de cette nouvelle délibération consulaire de Puicelcy prise le 14 septembre 1787 (19) :

« Après la réunion du Comté de Toulouse à la Couronne, la Communauté de Puicelcy qui avait un vaste terroir inculte joignant la forêt de Grésigne consentit que ce terrain fut incorporé dans la forêt (20) moyennant des privilèges très étendus qui lui furent accordés par Philippe le Bel, et qui ont été depuis confirmés par nos Rois. La Communauté a joui de ces privilèges jusqu’à la Réformation de Monsieur de Froidour, et ses habitants furent alors contraints à ne prendre dans la Grésigne que du bois mort pour le chauffage. Louis Quinze nous conserva ce privilège par l’acte d’adjudication fait à Monsieur de Maillebois en 1770, et ce seigneur nous en a permis l’exercice dans toute son étendue, mais le Roi ayant remis cette forêt à la Couronne en 1785, la Maîtrise de Villemur étant rentrée dans ses fonctions, nous recevons journellement depuis cette époque les plaintes de nos habitants troublés dans l’exercice de ce dernier privilège, mais encore punis de la volonté d’en faire otage. Nous avons été instruits que les habitants des Communautés de Penne et de Montmiral qui ont les mêmes droits que ceux de Puicelcy éprouvent les mêmes difficultés, et que ces deux Communautés se proposent de solliciter auprès de sa Majesté la maintenance de ce privilège avec un règlement sur la manière dont il pourrait  être exercé ».

Face à un pouvoir royal absolu et redouté, le dernier des Premiers Consuls puicelciens, « Noble Jean François de Renaud, sieur de Borredon », s’exprime avec déférence et esprit de responsabilité dans sa déclaration qui sera transmise au Seigneur-Evèque d’Albi, subdélégué de l’Intendant Royal du Languedoc : « Nous sommes bien éloignés, Messieurs, de tolérer aucun délit. Notre devoir autant que notre inclination à soutenir les intérêts de sa Majesté nous en fait souhaiter au contraire la punition, mais il nous paraît essentiel d’établir la tranquillité à cet égard et de maintenir le droit de la Communauté ».

Faisant taire leurs particularismes et leur esprit de clocher, les Consuls de Puicelcy adoptèrent alors une stratégie d’alliance avec leurs voisins pennols et montmiralais pour mieux défendre ensemble leurs droits et privilèges communs contre les officiers forestiers de Louis XVI. Initiative habile et remarquable en effet qui est à citer parmi les rares moments et les non moins rares  occasions de l’unité grésignole, unité à ce jour jamais retrouvée si ce n’est pour maintenir, durant un très bref moment (une dizaine de mois), l’existence du canton de Puicelcy-la-Montagne englobant Penne et Vaour de février à novembre 1790. Ce canton deviendra ensuite un canton restreint comprenant seulement Larroque et La Sauzière puis sera supprimé en 1802.

Ainsi, ce 21 octobre 1787, trois ans avant ce bref épisode de la reconnaissance d’un éphémère espace grésignol qu’allait consacrer la Révolution, les Consuls de Puicelcy et leurs conseillers politiques, au titre de la communauté qu’ils administrent et à laquelle se rattachait toute la forêt, affirmaient leur prééminence sur les affaires de la Grésigne en prenant l’initiative de coaliser les intérêts des populations riveraines des trois communautés les plus importantes :   

« La matière ayant été mise en délibération, le Conseil politique donne pouvoir à Messieurs les Consuls de Puicelcy d’engager Messieurs les Consuls de Penne et de Montmiral à leur communiquer les titres de leur Communauté, les mémoires qu’ils peuvent avoir en cette affaire et le plan qu’ils se proposent de suivre pour parvenir à l’objet commun de faire confirmer et expliquer les privilèges qu’ont ces trois Communautés de prendre dans la forêt de Grésigne le bois mort et mort bois pour leur chauffage ».

Bel exemple de solidarité intercommunautaire entre le nord et le sud de la Grésigne pour faire valoir les droits d’usage collectifs de leurs pauvres populations locales dans cette belle forêt. Exemple à méditer par les responsables de nos actuelles communautés de communes qui n’ont pas su (ou pu) maintenir cette naturelle et stricte unité grésignole, les uns allant perdre leur âme dans la vallée brouillardeuse du Tarn et les autres allant chercher leur identité perdue sur les plateaux du Ségala cordais !

Mais revenons à l’histoire de Grésigne au cours de ces dernières années de l’Ancien Régime. Les gardes mis en place et payés par Maillebois, lequel avait obtenu en 1770 « l’inféodation de la Grésigne avec toute Justice Haute, Moyenne et Basse », ont donc laissé leur place, avec le retour de la propriété de la Grésigne dans le domaine royal, aux officiers de la Maîtrise des Eaux-et-Forêts de Villemur. Ceux-ci vont avoir bien du mal à faire respecter l’intégrité de ce qui va devenir, à partir de la Révolution et jusqu’au Premier Empire « la forêt nationale de Grésigne ».


Quelques remarques sur la Vère…

il peut paraître étonnant, à quiconque vient observer la Vère de nos jours, d’imaginer qu’elle put faire l’objet d’un projet de Canal. En effet, son débit est globalement faible (voir wikipedia) et, de surcroît, il a été augmenté au 20ème siècle par la rectification de la rivière sur 27 km entre Cahuzac et Saint-Martin-d’Urbens. Certes, en période de crue, ce débit est très largement supérieur mais de là à envisager un Canal !

Et pourtant, rien que la conformation du Pont Bourguet, l’épaisseur des piles et la présence d’un avant-bec démontrent que la Vère pouvait être redoutée. D’ailleurs le projet de Bourroul a été âprement discuté mais non moqué !

Voici ci-après quelques images du cours de la Vère entre Laval sous Puycelsi et sa confluence avec l’Aveyron. Photos d’été, donc avec un débit insignifiant, mais je m’efforcerai de montrer ultérieurement la Vère en colère !

L’ancien pont de Laval sous Puycelsi qui franchissait la Vère avant que celle-ci ne soit rectifiée. On peut regretter que ce magnifique pont daté des 14 et 15ème siècles soit désormais un objet surréaliste. On peut aussi regretter que la Vère ait été rectifiée….
Pont Bourguet, ses énormes piles, son avant-bec et la passerelle qui l’a complété lors de la rectification de la Vère
La Vère coulant à côté de l’espace détente de Laroque
Un passage à gué sur la Vère dans sa partie rectifiée
La Vère dans sa partie rectifiée vers Saint-Martin-d’Urbens
La Vère dans sa partie rectifiée
Le moulin de la Gauterie. La chaussée sur la Vère se trouve à l’arrière.
En se rapprochant de Bruniquel, la Vère non rectifiée
…une Vère plus sauvage…
La Vère
La Vère sous Bruniquel à côté de l’espace détente de la Commune
Le pont de l’ancien chemin de fer entre Toulouse et Brive via Capdenac. La Vère se jette dans l’Aveyron….
La confluence entre la Vère et l’Aveyron de l’autre côté du pont

  1. Op. cité  « Puicelcy, Lieu de Mémoire » pp 106 à 111
  2. Ce fut l’arrêté du Préfet en date 12 février 1849 répartissant les « frais d’arpentage de la Vère entre les propriétaires riverains » qui donna prétexte à contestation de diverses erreurs, ainsi qu’en atteste, entre autres, la délibération du Conseil Municipal de Puycelsi du 26 mai 1849
  3. Voir l’article de Pierre de Taulignan publié dans le Bulletin  n° XLIV de la Société des Sciences, Arts et Belles -Lettres du Tarn (pages 497 à 514), année 1995
  4. Ayant été Président de ce SIVOM de 1979 à 1992 au cours de l’exercice de mes mandats de Conseiller général du Tarn (après celui de M. Glaudis qui avait contribué au redressement de la Vère de 1971 à 1978 pour réaliser le remembrement des terres riveraines), j’ai établi le dossier en 1980 de l’emprunt permettant de financer les derniers travaux de redressement de la Vère à Larroque avant de mettre en valeur les terres sans propriétaire connu provenant des divers remembrements communaux. Ces terres regroupées d’une part au Pont de la Lèbre en une seule parcelle de 18 hectares (qui m’a permis en 1985 de mettre en œuvre, avec le soutien des Maires des 12 communes du canton de Castelnau-de-Montmiral, les travaux de réalisation de la Base de Loisirs Intercommunale autour du Plan d’Eau Vère-Grésigne), d’autre part en une parcelle de 5 hectares à la confluence du ruisseau du Saint-Hussou et de la Vère (qui a permis l’aménagement des bassins de la pisciculture intercommunale de Saint-Bar mise en eau par la Fédération Départementale de la Pêche du Tarn en 1983)
  5. D’importants travaux seront cependant réalisés sur le Tarn entre Gaillac et Albi, de 1822 à 1838, pour que la batellerie fluviale puisse remonter jusqu’au chef-lieu du département. Mais cette batellerie périclitera vite à la fin du 19ème siècle et disparaîtra totalement au début du 20ème siècle
  6. Philippe Delvit « Le Tarn, Mémoire de l’Eau, Mémoire des Hommes », 1990, pp 93 et ss
  7.  « Un passelis était un bief d’écluse avec un radier en pente, muni à sa partie supérieure d’un barrage en madriers de bois que l’on pouvait ouvrir pour y manœuvrer un bateau à l’aide d’un cabestang ». Définition tirée de l’extrait des actes des Sociétés Savantes de Montauban (29-31 mai 1954), article du Comte d’Alauzier  « Le Comte de Maillebois et la Forêt de la Grésigne » (Archives départementales du Tarn, C 1366)
  8. Ce coût est indiqué dans le rapport publié en 1754, rapport rédigé par les officiers de la Maîtrise des Eaux-et- Forêts de Villemur (Charles Portal, Directeur des Archives départementales du Tarn, a fait reproduire ce rapport très détaillé sur la gestion et l’exploitation du bois en Grésigne dans l’Annuaire du Tarn, année 1898, pp 336 à 348, à partir du document original alors détenu par les Archives du Lot, liasse C 1359)
  9. Dossier C 924, Archives départementales du Tarn. Le premier rapport de Bourroul est composé de 11 pages, le second mémoire en contient 7 et le troisième intitulé « avertissement » renferme 33 pages. Ces trois documents ont été imprimés au cours de l’année 1748
  10. Les renseignements biographiques du Comte de Maillebois sont cités par d’Alauzier (article déjà cité) à partir des Archives de la Guerre (Dossier Maillebois), des Archives départementales de la Haute-Garonne (Edits n°54, folio 413),  des archives du château de Bruniquel (E11/32) et de la Gazette de France du 29 juillet 1763
  11. Délibération consulaire de Puicelcy du 18 août 1782, Registre BB4, Archives Communales de Puycelsi
  12. Dossier C 925, Archives départementales du Tarn, Albi.
  13. Devis établi le 20 frimaire An 11  (Dossier 5 P 17, ADT à Albi), s’élevant à 87 000 livres pour établir la communication de Gaillac à Montauban entre le Pont de la Lèbre et Bruniquel. Ce mémoire signale alors « que la route est exécutée  en bon état de Gaillac jusqu’au pont de la Lèbre sur près de 3 lieues, mais qu’elle n’est que tracée du pont de la Lèbre jusqu’à l’entrée de la forêt sur 2 000 toises, …ainsi qu’à travers la forêt sur une longueur de 3 600 toises… et qu’elle est entièrement dégradée du pas de la Lignée à la sortie de la forêt jusqu’à Bruniquel dans la partie exécutée par le Comte de Maillebois sur une longueur de 2 000 toises » (une lieue représente 5, 847 kilomètres et une toise équivaut à 1,949 mètre)
  14. Archives Nationales, E 2554  folio 219, citées par d’Alauzier.
  15. Cf procès-verbaux  de 1783 (page 25) et de 1784 (page 32)  des délibérations des Etats de l’Albigeois (C 373, Archives départementales du Tarn). 
  16.  « Puicelcy, Lieu de Mémoire », pp 59-60
  17. Registre des délibérations consulaires BB4 (1777 à 1786), Archives communales de Puycelsi
  18. Procès-verbaux des délibérations des Etats Albigeois en 1783, dossier  C373, page 25, Archives départementales du Tarn
  19. Registre des délibérations consulaires BB5 5 (1786 à 1790), Archives communales de Puycelsi
  20. Il s’agit, selon une délibération du Conseil municipal de Puicelcy du 14 mai 1827, d’un certain « Terroir de Castelfiguier, correspondant à une partie de la forêt », terroir que « les  Consuls  de la communauté de Puicelcy aliénèrent en faveur de l’Etat en recevant en échange pour ses habitants la concession des Droits et Privilèges  à une date fort reculée ». Cette même délibération cite les divers Rois ayant confirmé l’acte de donation de ce terroir « où les privilèges puisent leur origine », à savoir « Philippe le Bel en 1308,… Philippe de Valois en  novembre 1332, … François Premier en 1545,… François II en 1559,… Henri IV en 1606, … »    

9 commentaires sur « chapitre 7 : A LA VEILLE DE LA REVOLUTION, LE PROJET DU CANAL DE LA VERE ET L’INFEODATION DE LA FORET DE GRESIGNE À MAILLEBOIS »

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